Le Secret de la Découverte du Zodiaque de Denderah ou l’Imposture de Champollion.

La Découverte de Desaix : 

Voici la lettre que le Général Desaix fît parvenir à Napoléon rentré en France :

« Je suis désolé, d’être obligé de vous parler sur le ton de l’inquiétude. Quand nous serons sortis de cette horrible situation, j’espère trouver moi-même tout ce qu’il me faut et ne jamais plus vous tourmenter. Si l’armée ne traverse pas le désert à la vitesse de l’éclair, elle périra ! Elle ne trouvera pas de quoi désaltérer mille hommes. La plus part des eaux sont dans des citernes qui, une fois vidées, ne se remplissent plus. Les villages sont des huttes entièrement sans ressource. De grâce, mon général, ne me laissez pas dans cette situation. La troupe se décourage et murmure. Faites-nous avancer ou reculer à toutes jambes.  »

Desaix général

Nous nous souvenons que Bonaparte avait donné comme mission à Desaix de descendre plus au Sud de l’Égypte, nous allons donc analyser ce que lui et ces soldats ont découvert pour parler plus en détails du Zodiaque de Denderah.

L’Artiste le Baron Denon, avait obtenu sans peine de suivre la division Desaix lorsque celle-ci remonta la vallée du Nil.

Desaix remonte le nil

On raconte qu’après une longue marche durant laquelle elle avait été en proie à de cruelles privations, la division du général Desaix arrivant le soir à Denderah, saisie d’un sentiment d’admiration à la vue du grand temple, se mit à applaudir ce monument à trois reprises.

soldats-napoléon

Un soldat répondant au nom de Roy, nous narre ce moment :

« Le 23, nous arrivâmes à Denderah, l’ancienne Tentyris, célèbre par le magnifique temple d’Hathor, dont le portique subsiste encore avec ses huit colonnes, brillantes de couleurs que le temps n’a pas effacées, et surmontées de leurs chapiteaux étranges, formés par des têtes de femmes à oreilles de génisse. Derrière le grand temple est le temple d’Isis, non moins remarquable par son architecture. Desaix, qui aux qualités brillantes d’un grand capitaine joignait l’instruction d’un savant et le goût qui distingue un ami des arts, vint avec ses officiers visiter aussi ces ruines. Il s’entretint familièrement avec nous nous demandant compte des observations que nous avions faites avant son arrivée, et nous faisant part lui-même de ses remarques, toutes empreintes d’une justesse et d’une sagacité remarquables. Ainsi, parmi les ornements qui décorent le portique du grand temple d’Hathor, il en signala un qui avait échappé jusque-là aux investigations de tous : c’est un zodiaque circulaire où, au milieu de figures hiéroglyphiques et de représentations de divinités égyptiennes. »

Mais contrairement à ce que raconte la légende, ce n’est pas Desaix qui ramena le Zodiaque de Denderah à Paris, Desaix qu’on nomma « le Juste » fût, et c’est Napoléon qui le souligna lui-même, cet homme qui permit à l’Égypte de renaître de l’oubli du sable du désert, le général Desaix réussit en même temps à accomplir sa mission militaire et à protéger les savants qui l’avaient accompagné.

On dut attendre 21 ans pour que le Zodiaque de Denderah soit déplacé à Paris. Le Temple de Hathor était ensablé depuis des siècles et le resta encore jusqu’au moins 1880, seul la terrasse était accessible, elle servit de garnison pour les soldats de Bonaparte.

denderah vu du ciel

Parmi les soldats, se trouvait donc aux cotés de Desaix le militaire mais « ami des arts », Dominique Vivant (1747-1825), baron Denon, dit «Vivant-Denon» qui fût Directeur Général des Musées et Organisateur du Musée du Louvre  :

Baron Denon

Il avait accompagné l’Expédition Bonaparte en Égypte, où il rédige son Voyage dans la Basse et la Haute Égypte publié en deux volumes en 1802 et qui a connu 40 rééditions au cours du XIXe siècle.

À 51 ans, il réalise sa vocation première : redevenir le dessinateur qu’il a toujours été.C’est en effet lors de la campagne d’Égypte, entre 1798 et 1799, qu’il s’adonne, à cheval, à son passe-temps préféré : le croquis de voyage, le lavis à l’encre brune sur papier blanc ou bleu, le dessin au trait à la plume à la pierre noire ou à la sanguine sur papier calque ou sur papier légèrement orangé.

Denon dessinant

Il ne cesse de se consacrer à l’eau-forte, à la lithographie et au relevé archéologique. Avec le temps, l’œuvre graphique de Denon prend du poids puisque l’on a répertorié près de six cents planches de gravure signées de sa main et pas moins de quatre cents croquis rapportés d’Égypte. Voici ce qu’il a dit à propos du Temple de Denderah :

« J’ai estimé que j’étais dans le sanctuaire des arts et sciences…Jamais le travail de l’homme n’a montré le genre humain dans un point de vue si splendide. Dans les ruines de Denderah, les Égyptiens m’ont apparu des géants. »

Il visita plusieurs fois le Temple de Denderah, et fit le fameux dessin du Zodiaque circulaire, qui, sans être rigoureusement fidèle, suffit, au total, pour donner une idée approximative de l’original :

zodiaque du baron Denon

De retour à Paris, alors que Desaix l’infatigable, meurt le 14 juin 1800 lors de la Bataille de Marengo, en Italie, M. Denon n’avait pas encore publié son dessin, que les personnes qui avaient vu en Égypte le monument original, s’empressaient de faire connaître au monde savant le résultat de leurs premières observations.

Il parut alors dans le Magazine encyclopédique de 1801, des fragments d’une lettre qui contenait une courte description du planisphère et des conjectures sur son antiquité mais le rédacteur du Magasin encyclopédique les avait altérés, en ne les reproduisant pas sous leur forme originale.

Cependant, les théories entreprises pour expliquer le monument astronomique du temple de Denderah étaient exposés à un autre genre d’objection assez grave. Quelques doutes s’étaient élevés sur l’exactitude du dessin qu’ils avaient publié. Puisqu’on n’en possédait qu’un seul dessin. On sentit dès lors combien il était nécessaire, pour terminer s’il était possible cette discussion, de posséder au moins une autre copie pour la comparer avec celle du Baron Denon, à défaut de l’original, qu’on ne pouvait pas encore espérer voir arriver en Europe.

Polémique égyptienne à Paris :

Ce monument était à peine connu en Europe; on n’en possédait encore aucune copie passable, que déjà il était l’objet des recherches des plus savants, et que bientôt il fut une matière de discussion dans tout Paris. L’explication pure et simple du monument fut dès lors le moindre objet dont on s’occupa; on n’y rechercha plus que des preuves, bonnes ou mauvaises, mais toujours très contestables, de l’opinion qu’on voulait soutenir. Frappé de la haute importance du planisphère de Denderah, M.Sebastien-Louis Saulnier, secrétaire général de la police sous l’Empire, puis préfet et député élu en 1815 et 1816 ( 1790 – 1835) :

saulnier

Saunier songea à s’assurer la possession d’un monument aussi célèbre. Bientôt il s’occupa des moyens d’exécuter cette difficile et dispendieuse entreprise, et chargea M.Lelorrain de ramener le disque céleste d’Egypte. M.Lelorrain partit vers le début du Mois d’Octobre 1820, muni de tous les instruments propres à faciliter, de la manière la plus prompte et la plus sûre, l’enlèvement du planisphère. En quittant Paris, il reçut des instructions de quelques membres de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, qui avait été informée par M. Saulnier de son voyage.

Expédition en Égypte pour ramener le Zodiaque de Denderah à Paris :

carte egypte

A peine arrivé au Caire, M.Lelorrain fut obligé de perdre beaucoup de temps en formalités car les Antiquaires sur place s’étaient approprier des zones qu’on ne pouvait fouiller sans autorisation; qui cela va de soi, étaient monnayer au prix fort, dont le bénéficiaire final était le pacha Méhémet Ali (1769 à 1849 ).

Méhémet Ali, était un Albanais de Macédoine ( la Macédoine était à cette époque sous domination Ottomane ) qui fonda en 1805, la Dynastie des Alaouites, qui elle est d’origine Syrienne Ottomane.

Après la défaite des Français, Méhémet Ali fût envoyé par Sélim III ( 1761 à 1808) qui fût sultan de l’Empire ottoman, pour reconquérir l’Égypte occupée par l’armée française de Bonaparte en éliminant les derniers Mamelouks qui  même si ils étaient au service des sultans ottomans, n’hésitaient pas se révolter contre l’Empire Ottoman.

mehmet ali

Une guerre civile tripartite éclata entre l’armée turque ottomane, les Mamelouks de Mourad Bey ( 1750 à 1801 ) d’Égypte et les mercenaires albanais.

Le vassal Méhémet Ali s’en sort victorieux et est reconnu comme wali (gouverneur de province) d’Égypte, mais il se brouilla avec le sultan Sélim III et entra en guerre contre lui en 1831.

La Dynastie du Pacha Ali dura de 1805 jusqu’en 1952, année de l’abdication du roi Farouk 1er ( 1920 à 1965 ), qui, et c’est pour le moins, assez particulier, fît sculpté une copie du Zodiaque de Denderah sur le plafond d’un de ces palais, au nord de la ville d’Helwan.

ZODIAC FAROUK

L’Égypte Anglo-Ottomane :

Certes, les Anglais sont les vrais maîtres de l’Égypte à cette époque, puisque le Pays des Pharaons devint Protectorat Anglais depuis la défaite de la Flotte Française.

Dans toutes les parties de l’Égypte de l’époque de Bonaparte, les Turques ont cessé de s’opposer à la recherche des antiquités, car les Turques pensent que les européens sont comme des Magiciens, qu’eux seuls ont l’art d’extraire des monuments avec les inappréciables richesses qui y sont contenues.

En conséquence, les Turques vendent aux voyageurs européens les antiquités qu’ils se sont appropriées, ou ils les aident, pour un salaire, à prélever celles qui les intéressent; convaincus qu’ils doivent désormais renoncer à en tirer un parti plus avantageux.

M. Lelorrain n’éprouva donc aucune difficulté à déterminer les habitants du bourg de Denderah, à seconder l’exécution de ses projets. Profitant d’un moment favorable, où on le croyait sur les bords de la mer Rouge, il arrive en cachette à Denderah, et muni de l’approbation du Pacha, commence à exécuter l’entreprise qui l’avait amené en Egypte, aider par quelques Turques qu’ils avaient dégottés sur le chemin, nous étions le 18 avril.

denderah-ensablé

M.Lelorrain fût véritablement ému de découvrir un tel vestige, il l’observa un certain temps, comme dans un moment de recueillement tant, la magnificence du Temple ne laisserait personne indifférent.

On sait que c’est dans les constructions supérieures du Temple de Hathor, à Denderah, qu’était le planisphère de pierre tant convoité.

Entrée sur le côté du Temple de Denderah

En sortant du portique, et en prenant sur la droite pour faire le tour du temple, on trouvait une entrée secondaire, qui donnait sur un escalier sculpté de bas reliefs représentant des prêtres en procession, menant à la terrasse.

dendera-escalier

Une ouverture évidemment forcée à travers l’entablement, donne accès sur la plate-forme qui couvre cette vaste enceinte.

vision sur le toit de la chapelle

Des cultivateurs arabes y avaient construit un village en terre dont les débris existent encore, dans le but probablement de se mettre à l’abri de la cavalerie des Mamelouks ou de celle des Bédouins.

habitations au dessus du temple

La chapelle où se trouvait le zodiaque était directement à l’opposé de la chapelle extérieure :

chapelle-terrasse1

A l’époque de Napoléon, on pénètre dans la chapelle par un grand trou pratiqué de force dans l’entablement de l’édifice :

trou sur le toit

Car n’oublions pas que le Temple avait été ensablé durant des Siècles; ce « trou » conduit dans la première des trois pièces, qui est celle qui contenait le zodiaque.

Le plafond, est entièrement couvert de sculptures, il est divisé en deux portions égales par une grande figure de femme que certains identifient aux Déesses Isis ou Nout; cette figure, dont les bras sont allongés au-dessus de sa tête, occupe toute la longueur du plafond.

plafond de la chapelle de denderah

Pour celles et ceux qui le souhaitent, vous pouvez découvrir le Temple de Denderah comme si vous aviez fait partie de l’expédition de Bonaparte en Egypte, en lisant l’émouvant livre : « Description de l’Égypte, ou, Recueil de observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l’expédition de l’armée française  » , édité par l’Imprimerie royale, en 1810, rédigé par Claude Louis Berthollet, Gaspard Monge, …dont voici le lien pour en découvrir chaque page.

Extraction du Zodiaque :

A droite quand on entre dans la chapelle, on voit sur le plafond, une scène astronomique ou astrologique dont il est assez difficile de déterminer le sujet mais qui représente la déesse Nout encadrant une série de 14 barques ( ces 14 barques sont à mettre en relation avec la légende osirienne décrivant la deuxième victoire de Seth sur Osiris et le démembrement du corps d’Osiris en 14 parties, dispersées dans les 14 nomes ou provinces, Isis l’épouse-soeur dans sa seconde quête va tenter de retrouver les 14 fragments afin de reconstituer Osiris, c’est pourquoi cette chapelle est dédiée à Osiris ) ; en face au milieu dans le mur, on voit une ouverture qui donne sur une pièce fermée; et à gauche sur le plafond, on voit le planisphère dont deux cotés sont ornés de « zig-zags » multipliés.

On avait pensé qu’il serait facile d’enlever par le haut la dalle qui contenait le planisphère et qu’on pouvait le faire glisser sur un exhaussement du terrain qui se terminait en pente douce, on aurait ensuite, sans beaucoup de peine, conduit le monument jusqu’au Nil, au moyen d’un traîneau préparé à cet effet. Mais M. Lelorrain éprouva plus de difficultés qu’il ne croyait, à cause de l’extrême épaisseur des pierres qui forment le plafond, voici comment il rend compte lui-même de ses opérations :

« Sur des renseignements qui nous avaient été donnés à Paris par des gens qui avaient été sur les lieux, nous avions cru que le planisphère était d’une seule pierre; c’était une erreur.

plan-de-la-chapelle-avec-indications1

Le plafond de la chambre où il était placé était composé de trois pierres; la grande statue occupait le tiers de la pierre du milieu; le planisphère le tiers de gauche; une autre pierre contenant la scène astronomique formait le restant du plafond.

intérieur de la chapelle avec la déesse Nout les bras vers la terrasse

Le Zodiaque occupait entièrement une de ces pierres, et le quart environ de celle du milieu. D’un côté , il touchait le mur, et du côté opposé, à l’une des légendes qui encadrent la grande figure de femme. Les deux autres extrémités étaient bordées par des traits en zig-zag que l’on voit dans beaucoup de bas-reliefs égyptiens et que l’on suppose figurer l’eau. J’avais d’abord pensé à conserver les bordures en zig-zag; mais outre qu’elles n’entouraient pas les quatre faces, et que je pensais que cela n’était qu’un remplissage sans aucun intérêt, je calculai que la grande pierre allait être augmentée de près du double en poids, il me serait alors impossible de la manier; je me suis donc borné à enlever tout ce qui constituait le planisphère, dont la surface se réduit à un peu moins de huit pieds carrés ( 2 m52).

dimensions du zodiaque de denderah

Cette explication me conduit naturellement à entrer dans quelques détails relatifs à l’enlèvement du planisphère. Je fus d’abord très embarrassé pour faire un trou au plafond, afin d’y introduire la scie; il fallait pénétrer des pierres de trois pieds d’épaisseur, et je ne pouvais songer à le faire avec le peu de ciseaux et lames que je possédais; car s’ils avaient été employés à cet usage, il ne m’en serait plus resté pour dégrossir ; j’imaginai donc de scier diagonalement, et au dehors, la pierre de la statue; mais, autre inconvénient, la scie ne voulut pas mordre à sec, encore moins à frais; et pour la faire pénétrer dans la chambre, il fallait tailler en même temps la pierre de support, qui avait trois pieds de hauteur sur autant de profondeur; pour remédier au premier inconvénient, je fis faire des dents aux scies, alors elles commencèrent à travailler, je les fis opérer diagonalement, autant que leur longueur pouvait le permettre ( vous remarquerez que je ne pouvais pas scier perpendiculairement, puisque la masse était de six pieds, et que les scies n’avaient pas plus de cette longueur ); je n’atteignis pas cependant l’intérieur de la chambre.

poudre à fusil

J’imaginai alors un expédient qui me réussit complètement; j’avais emporté de la poudre à fusil; je commençai par miner le morceau que j’avais scié; je le fis d’abord avec beaucoup de précaution, pour connaître la portée de la mine et la force de la poudre, lorsque je fus bien fixé sur ce point, j’opérai avec sécurité. J’eus le plaisir, après deux jours du travail, le plus fatigant, ( puisque j’étais obligé d’opérer moi-même au soleil, par une chaleur de 40 degrés) de parvenir à faire enfin un assez grand trou, que j’élargis ensuite avec des ciseaux et burins, pour y introduire la scie.

Au moyen des précautions que j’avais prises, le jeu de la mine ne fit que peu de dégâts. Je croyais avoir beaucoup gagné; mais il se trouva que l’on ne pouvait pas scier plus d’un pied de pierre par jour; les trois côtés à scier avaient 24 pieds; il aurait fallu perdre un temps considérable et j’étais pressé; on ne pouvait pas ignorer longtemps mon opération; alors tout était perdu. Je fis donc deux autres trous également dans les zig-zags; de sorte que je pus faire manœuvrer à la fois trois scies.

scies 1820

Tout allait bon train ; je voyais mes trois scies opérer; j’avais stimulé mes Arabes qui travaillaient avec une ardeur incroyable; je ne quittais pas un seul instant les travaux pour pouvoir surveiller le mouvement des scies, lorsque je tombai malade, mais de telle sorte, qu’il ne m’était pas possible de remuer; indépendamment d’une fièvre horrible, tous mes nerfs s’étaient retirés vers les articulations. Cet état affreux dura dix jours; je n’avais pas de médecin; je ne jugeai pas à propos d’en faire venir un celui; un de mes Arabes me guérit avec le suc d’une herbe que je ne connais pas. Cependant, il était de la dernière importance de ne pas interrompre les travaux. Mon drogman était très intelligent; il m’avait aidé constamment dans la surveillance de mes Arabes; au moyen d’une forte récompense, je l’engageai à me remplacer: c’est alors que le travail devint irrégulier.

Le drogman, par excès de précaution, et pour ne point entamer le planisphère, donna aux scies une direction oblique, qui a produit une inégalité dans l’épaisseur des pierres et dans la coupe des zig-zags; cette inégalité, au reste, n’a « endommagé » que très « peu » le zodiaque. Si je n’ai pas enlevé la statue et la scène astronomique qui l’accompagne, en voici le motif: il m’eût fallut au moins cinquante jours de travail de plus et de nouveaux outils, les miens ayant tous été usés pour l’enlèvement du planisphère. Si mon opération n’avait pas fait trop de bruit, je faisais faire de nouveaux outils au Caire, et je remontais le Nil; mais, au moment où je partais pour cette ville, un Chef de Tribu donna l’ordre de ne point me laisser enlever le planisphère; cet ordre avait été donné à la sollicitation de M. Henry Salt (1780- 1827) , artiste, diplomate et égyptologue nommé consul-général britannique au Caire en 1815.

henry salt

Il avait été instruit de mon opération. Comme les ruines de Denderah sont dans la partie de l’Egypte dont M. Salt, s’est réservé la possession exclusive, il n’est pas étonnant qu’il ait cherché à empêcher M. Lelorrain d’exécuter son entreprise; la chose est d’autant moins surprenante, que M. Salt songeait lui-même à faire pareille opération Mais l’ordre expédié au chef de tribu trop tard; car en revenant au Temple, j’eus la bonne surprise de voir que mes arabes avaient réussi à extraire complètement le fameux zodiaque. C’est ainsi que je pus faire acheminer le monument jusqu’au Nil, prêt à se diriger vers le Caire. »

vue du nil

Il a fallu 16 jours pour couvrir les 6,5 kilomètres pour traîner la Pierre Zodiacale jusque’au Nil. Et arrivé jusque là, Lelorrain rencontra un autre problème, en effet à cette époque de l’année, le Nil était à son plus bas. Lelorrain dut construire une rampe de 18 mètres de long pour faire glisser la Pierre jusqu’au bord de l’eau. Et lorsque Lelorrain arriva à la charger sur le bateau, l’embarcation faillit couler sous le poids de la Pierre.

On voulut s’en saisir sur le bateau où il était embarqué mais M. Lelorrain eut l’idée ingénieuse de place un mouchoir blanc, attaché au bout d’un bâton, au-dessus du planisphère, et réclama ainsi contre la violation du pavillon de France; ce stratagème ingénieux lui réussit; les autorités du pays n’osèrent aller plus loin, et le monument descendit paisiblement le Nil, sous la sauvegarde du signe protecteur que M. Lelorrain avait arboré.

A peine arrivé au Caire, il eut à soutenir de nouvelles contestations; l’affaire fut portée devant le pacha, qui jugea lui-même, et donna gain de cause au voyageur français; il n’en pouvait guère être autrement, puisque, comme toutes les personnes qui en Égypte ont fait des recherches d’antiquités à cette époque, M. Lelorrain n’avait agi qu’avec la permission du gouvernement moyennant finances…

vue du caire

Le planisphère partit bientôt pour Alexandrie, qu’il quitta le 11 juillet 1820, pour être transporté à Marseille où il arriva à la fin du mois de septembre de la même année, là quelques marchands d’antiquités ont essayer de se l’approprier durant la période de quarantaine mais l’objet ne devait pas rester dans le Sud.

marseille port napoléon

Il fut expédié pour Paris, où il arriva vers le 15 janvier 1821, c’est cette année là, 5 mois plus tard, le 5 mai précisément, que décédera Napoléon Bonaparte.

Paris 19 ème

M. Saulnier réussit à vendre au Roi Louis XVIII ( 1755 à 1824 ) le Zodiaque de Denderah, que le Souverain a payé de ses deniers et dont la somme était 150.000 fr. ( Une commission choisie dans les académies avait fixé le prix du monument à cent cinquante mille francs mais le roi donna , sur sa cassette , la moitié de cette somme ; le reste fut fourni par le ministère de l’Intérieur. C’est ce que atteste Jean-Baptiste Biot, chargé de signer l’acte d’acquisition au nom du gouvernement. ).

louis XVIII

Saulnier dut malgré tout insister comme en témoigne cet extrait de sa correspondance avec la Maison du Roi :

 » Pour mieux convaincre encore V. Exc. du désir que nous avons de traiter avec le Gouvernement, nous proposons de consentir à n’être remboursés que par des paiements successifs qui seraient répartis entre deux ou trois exercices.

L’acquisition du Planisphère de Denderah, si le remboursement en était réglé de cette manière, ne serait assurément ni onéreuse ni gênante pour le ministère de l’intérieur. […] Nous sommes entrés dans ces explications parce que nous voulons constater d’une manière authentique, près de votre Excellence, le désir sincère que nous éprouvons de conserver à la France, où tant de genre de convenances ont marqué sa place, le précieux monument dont nous sommes possesseurs. »

Le monument fut acquis par le Roi en 1823, soit 2 ans après son arrivée à Paris, parce qu’ une commission fût nommée pour expertiser l’artefact.

Constatation sur place à la Bibliothèque Royale :

analyse du zodiaque à la bibliothèque royale

Une réception gigantesque eut lieu, qui dépassa de loin l’engouement des foules pour les expositions Ramsès II, et même Toutankhamon ! Les Savants se réjouirent de l’arrivée de cet artefact égyptien. Charles Émile de Laplace ( 1789 à 1874 ), militaire et homme politique :

charles emile de laplace

rassembla pour un dîner, le soir même de l’arrivée du Zodiaque, plusieurs des plus brillants scientifiques français, dont Dominique François Jean Arago ( 1786 à 1853 ), astronome, physicien, Jean-Baptiste Biot ( (1774 à 1862 ) , physicien, astronome et mathématicien, Claude Louis Berthollet ( 1748 à 1822) , chimiste et Joseph Fourier ( 1768 à 1830 ), mathématicien et physicien ainsi que le chimiste anglais et théoricien atomique John Dalton ( 1766 à 1844 ).

invités de Laplace

La plupart des autres savants ( dont certains d’entre eux cherchant à se faire engager comme académicien ), proposaient des théories sur la datation du zodiaque, d’autres se penchèrent sur les capacités réelles que les Anciens Égyptiens possédaient pour traiter de l’Astronomie.

Les uns prétendirent que, ce temple datant de l’époque gréco-romaine, d’autres qu’il ne s’agissait là que d’un ornement zodiacal sans aucun intérêt. D’autres affirmèrent  que le dessin des saisons était d’une période égyptienne de 2.000 ans antérieure aux grecs.

Pour certains, cette « carte du ciel » ne datait donc pas des grecs et encore moins des Romains, elle indiquerait une période antérieure à Abraham et même au Déluge ( nous verrons plus loin, ce qu’il en est pour sa datation véritable ). Mais, les opinions des savants du monde entier prirent des partis opposés entre eux, à tel point que plus de deux cents « mémoires » furent déposés dans les différentes Académies, tant à Paris, qu’à Berlin, Saint-Pétersbourg, Londres, etc.

Toutes ces spéculations étaient dues aux erreurs que les copies du Zodiaque de Denderah, contenaient en nombre, il suffit par exemple de lire ce que Camille Duteil (1808-1860) concluait encore dans son livre « Traité du zodiaque de Dendérah et des planisphères horoscopiques de l’Inde, de la Perse et de l’Égypte », paru en 1838, chez l’imprimeur Aurélien Castillon :

BOUVIER devenu chacal selon Camille Duteil

Ainsi donc selon l’auteur du Dictionnaire des hiéroglyphes, au-dessous de la Vierge, ce personnage évoquerait un homme dont la tête est surmontée d’un croissant de la Nouvelle Lune et il tiendrait dans ses mains l’Aleph numérique. Ce personnage que l’on distingue bien sur le zodiaque serait donc un chacal, pourtant, nous connaissons bien l’apparence du Chacal, incarné par Anubis :

anubis et le taureau bouvier

Le chacal Anubis a les oreilles droites, sa posture est en général altière, bien droite et on ne le voit jamais tenir une houe, car il s’agit bien d’une houe, c’est à dire l’outil agricole et non pas du symbole de l’alpha numérique :

houe egyptienne

Pourtant, il aurait suffit à Camille Duteil, de se fier à la Constellation de la Vierge dont l’épi de blé qu’elle tient en main symbolise le temps des moissons pour tenir compte de cette houe, pour conclure que son personnage n’a pas une tête de chacal mais celle d’un boeuf ou d’un taureau, ce qui nous indique que le croissant de la nouvelle Lune que Camille Duteil semble voir, n’est rien d’autre que les cornes de ce Boeuf ou taureau, qui rappelons-le était très précieux pour l’agriculture.

bouvier zodiaque

C’est ce genre d’interprétation parmi d’autres qui fît affirmer à certains des théories aussi incroyables que qu’improbables; mais il ne s’agit pas ici de diminuer l’intérêt que l’on pourrait avoir pour le zodiaque de Denderah, au contraire, mais il est important qu’on puisse discerner les extravagantes explications des uns et les explications crédibles des autres, une étude approfondie du contenu du zodiaque égyptien vous est proposé dans le livre « Les Voleurs d’Etoiles ou Le Secret du zodiaque de Denderah ».

Ce qui est particulier dans le cas de Camille Duteil, c’est qu’il faisait partie de ceux qui s’opposaient aux datations des savants comme Biot.

Le clan constitué des penseurs de la chronologie biblique, mené par Monseigneur Affre, Archevêque de Paris qui menaça en bloc tous les blasphémateurs et les impies pris de « zodiacomanie » d’une excommunication totale, nous reviendrons un peu plus loin sur ce clan.

Événement à Paris :

L’arrivée du Zodiaque de Denderah fût un tel événement qu’on en fît même une pièce de théâtre sous le titre : « Le Zodiaque de Paris » écrite par M. Théaulon Ferdinand et Brisset, et fût représentée pour la première fois au Théâtre du Gymnase Dramatique, le 2 septembre 1822.

Feuillets du zodiaque de Paris

Cette pièce de théâtre ne relate en rien le zodiaque de Denderah, ni l’expédition quant à son déplacement, ni l’étude de son contenu, il s’agit seulement de profiter de l’événement de l’arrivée du zodiaque à Paris.

En effet, la pièce raconte par le biais de personnages comme Osiris, Mercure et d’autres, une sorte de rencontre entre l’occident et cette Égypte antique qui semblait se réveiller après un sommeil de presque 2000 ans.

« L’affaire du Zodiaque » en passionnait plus d’un et suscitait toujours autant d’intérêts que même 12 ans après son arrivée en France, comme en témoigne le « Magasin Pittoresque », dans le numéro 40, date de publication 1 Janvier 1833, on en parlait encore : L’article relate :

« À la différence de l’obélisque de Louqsor, cadeau d’État de Méhémet Ali, vice-roi d’Égypte, qui, à l’instigation du baron Taylor puis de Jean-François Champollion, offre à la France au début de 1830, la plupart des oeuvres d’art parvenues à Paris dans la première partie du siècle ont été pillées par des aventuriers ou des archéologues qui ont réussi à les soustraire aux Anglais. Le zodiaque de Denderah, découvert par l’expédition Desaix en Haute-Égypte et dessiné par Vivant Denon, a été rapporté en France en 1821 : un certain M. Lelorrain, mettant à exécution le projet de conquérir pour la France ce fameux zodiaque, s’embarqua avec scies, ciseaux, crics et traîneau confectionnés à Paris. À l’insu des Anglais. il dut faire scier le plafond du grand temple, utiliser la poudre pour accélérer le travail et transporter l’objet jusqu’au Nil. Malgré l’intervention du consul d’Angleterre au Caire, il parvint à gagner Alexandrie et à l’embarquer pour la France, le 11 juillet 1820. Finalement, acheté par le gouvernement, le zodiaque est aujourd’hui placé contre une muraille d’une salle de la Bibliothèque Royale »

MAGAZINE PITTORESQUE

Le Zodiaque de Denderah continua à fasciner même les peintres comme Adrien Guignet ( 1816 à 1854 ) qui n’hésita pas à l’insérer dans son oeuvre Joseph expliquant les rêves du pharaon exposée pour la première fois lors du Salon d’Art du 15 avril 1845 à Paris, rassemblant différents artistes ( son tableau est visible actuellement au Musée des Beaux Arts de Rouen ) :

Joseph Explaining the Dream to Pharoah, Jean Adrien Guignet

Curieuse oeuvre que Théophile Gautier ( 1811 à 1872 ) critiqua comme étant une oeuvre « ratée » qui nous montre le Zodiaque de Denderah positionné verticalement derrière le Pharaon.

Mais pour qui connaît l’histoire de cet artefact astronomique égyptien, on sait que cette peinture est subversive et anticlérical.

Champollion mandaté par le Vatican avait fait une erreur de datation de 2 siècles voir 5 selon d’autres sources, en datant ce zodiaque égyptien du IIe siècle de notre ère et ce afin de contredire tous ceux qui affirmaient que la dalle astronomique trouvée dans la chapelle d’Osiris remontait à une époque antérieure à la naissance du Christianisme.

De fait, l’oeuvre de Adrien Guignet s’oppose ouvertement à la version de Champollion, la marionnette du Pape Léon XII, son tableau est donc un témoignage vivant de la société Française divisée entre raison et spiritualité.

Le Musée du Louvre, futur héritier du Zodiaque de Denderah :

Le futur héritier du zodiaque circulaire Égyptien, fût sans nul doute, le Musée du Louvre qui devint du jour au lendemain, le fameux musée que le monde entier connaît aujourd’hui, mais à cette époque là et depuis sa fondation le le 10 août 1793 par C. C. F. de La Billarderie, comte d’Angiviller (1730 à 1810), le musée se nommait encore sous le nom Muséum central des Arts de la République et exposait principalement des peintures.

C’est sous Napoléon Bonaparte que le musée se remplira d’oeuvres d’arts telles que des sculptures qui furent confisquées comme prises de guerre lors des différentes Campagnes.

C’était d’ailleurs le Baron Denon qui était chargé de « faire son marché » dans les Musées et autres Palais Royaux notamment en Prusse afin d’y choisir les plus belles pièces.

musée du Louvre

Vivant Denon qui avait été le directeur du musée démissionna de son poste le 8 octobre 1815 peu après la dernière abdication de Napoléon. Le musée ferma ses portes, le 15 novembre 1815, il ne rouvrit que le 22 juillet 1816 sous le nom de musée royal du Louvre sous l’ordonnance de Louis XVIII, même si officieusement on continuait à le nommer le Musée Napoléon, nom qu’on lui avait donné sous l’Empire.

C’est en 1922 que le Zodiaque de Denderah déménagea de la Bibliothèque Royale devenue Bibliothèque Nationale et qui sous Napoléon se nommait la Bibliothèque Impériale, ce n’est qu’à partir de 1927 que le musée du Louvre devient musée national, mais

Le Baron Denon était à la fois heureux de voir arriver à Paris, ce Zodiaque qu’il avait esquissé à Denderah, alors qu’il accompagnait les soldats de Bonaparte mais aussi très inquiet du sort qu’allait lui réserver les savants du 19e sicècle, en effet, nous savons que la copie de Denon comporte de nombreuses erreurs en comparaison de l’original.

Il est vrai que le Baron Denon était un artiste et non un archéologue, on ne pouvait lui reprocher son manque de précision. D’ailleurs, il dit de lui-même dans sa correspondance en 1817 avec Lady Morgan (1776 à 1859), la romancière irlandaise :

 » Je n’ai rien étudié, parce que cela m’eût ennuyé. Mais j’ai beaucoup observé, parce que cela m’amusait. Ce qui fait que ma vie a été remplie et que j’ai beaucoup joui.  »

Il est vrai que sans la copie du Baron Denon, le monde n’aurait jamais pu découvrir le Zodiaque de Denderah.

Voici quelques éléments techniques quant à son aspect et non son contenu astronomique, l’analyse de son contenu astronomique vous est proposé dans le livre.

On sait déjà que l’ensemble du planisphère de Denderah présente l’image d’un grand cercle inscrit dans un carré dont les côtés sont d’environ 2 m 52 chacun. Comme tous les édifices de Denderah, le planisphère est en grès, d’un grain fort compact, mais cependant assez friable à la surface, il a environ 28 centimètres d’épaisseur, ce qui donne au tout un poids fort considérable.

Malgré cela , par respect pour l’antiquité de cette pièce importante, et dans la crainte d’en altérer la conservation, on n’a rien voulu en retrancher malgré que c’est le Zodiaque circulaire qui intéressait au plus au point. Quant à l’état de cette pièce intéressante, il est aussi « parfait » qu’on peut le désirer; les seules dégradations qu’on y remarque remontent à une époque antérieure à son arrivée en France mais il était d’une pièce.

C’est sans doute en 1922, lors du déplacement du zodiaque de Denderah de la Bibliothèque Nationale vers le Musée du Louvre, que l’artefact a du tomber et que cette chute fît apparaître cette fracture d’une largeur de + ou – 30 cm que l’on voit au niveau supérieur.

Il faut savoir qu’il n’a pas tout de suite été placé dans la salle 12 bis du Pavillon Sully, en effet, il a été initialement exposé dans la Grande Galerie au rez de chaussée. Il a ensuite été déplacé plusieurs fois et même placé au dessus d’un escalier.

zodiaque fracturé en 1922

Il est évident que Saulnier n’aurait jamais pu vendre à Louis XVIII, un artefact fracturé.

Différences dans les reproductions :

On en conçoit une idée tout autre que celle que pouvaient donner les dessins qui ont été publiés. Noirci depuis longtemps par la fumée des flambeaux par ceux des voyageurs qui l’ont visité mais il a aussi acquis une teinte verdâtre, son état actuel est donc le résultat d’une restauration qui a du aussi participer à le détériorer davantage, en effaçant certains détails des personnages.

La plus fameuse copie faite lors de l’expédition hormis le croquis du Baron Denon, fût celle des ingénieurs des Ponts et Chaussées, MM. Jollois (1776 à 1842 ) et De Villiers (1780 à 1855 ), la présence des ingénieurs étant requise pour l’Isthme de Suez :

Devilliers et Jollois

De Villiers, comme presque tous ses camarades de l’expédition Bonaparte, soufre d’une maladie des yeux, précisément d’ophtalmie. Il est contraint de conduire sa jument les yeux bandés.

Malgré le travail immense de ces deux compères, leur copie contient aussi quelques erreurs, mais on ne peut être qu’extrêmement étonné qu’au milieu des difficultés qui s’opposaient à leur entreprise, qu’ils soient parvenus à réaliser un tel travail, soulignons qu’en ce qui concerne la copie de De Villiers et Jollois, celle-ci fût réalisé alors que le zodiaque se trouvait encore au plafond de la Chapelle d’Osiris.

Cette copie peut nous faire penser qu’ils étaient passionnés par leur travail mais on doit aussi tenir compte de l’état d’esprit de ces deux jeunes gens, dont De Villiers qui semblait assez éprouvé par les conditions de leur séjour, comme en témoigne l’extrait de cette lettre qu’il adressa à son frère resté à Paris :

« Je ne tiens plus dans ce pays, je m’y ennuis à périr, j’y perds mon temps et ma santé; mes plus belles années se passent dans la tristesse. Telles étaient alors les pensées de nous tous. ».

Le duo De Villiers et Jollois est celui qui s’intéressa le plus à l’astronomie égyptienne, comme en témoigne l’excellent livre « Recherches sur les bas-reliefs astronomiques des Égyptiens« , qu’ils publièrent en 1834, qui traite principalement du sujet du Zodiaque de Denderah :

Recherches sur les bas-reliefs astronomiques des Égyptiens

Aucune copie réellement fidèle à l’original :

Sans l’arrivée du monument original, personne n’aurait pu constater les erreurs commises par le duo Devilliers et Jollois, certaines erreurs transformèrent un lièvre en oiseau, d’autres, mirent une seule tête d’un personnage alors que l’original indique un homme à deux faces.

Mais dans l’ensemble, il semble assez extraordinaire qu’ils n’aient pas commis un plus grand nombre d’erreurs car il était impossible de faire mieux dans un local incommode et mal éclairé, où il fallait dans une position verticale, car copier des figures et des signes de très petites dimension et d’un relief trop bas, pour être bien distinguées sur un fond rendu noirâtre par la fumée des torches des soldats de Napoléon, n’était pas chose aisée.

Mais ces inexactitudes offrirent à certains tout un lot de spéculations quant à la date et à l’origine de création de ce fabuleux et unique monument qu’est le Zodiaque, comme Charles François Dupuis ( 1742 à 1809 ), érudit et homme politique :

CHARLES FRANCOIS DUPUIS

démontra ( dans son article « Sur le zodiaque de Tentyra » dans la Revue philosophique du mois de mai 1806 et ensuite dans un Mémoire explicatif du zodiaque chronologique et mythologique, publié la même année ) qu’il s’agissait là d’une période précessionnelle précise, ce Zodiaque, selon lui, indiquait une date au-delà de 12.000 ans.

Mais observons comment Charles François Dupuis, a observé le Zodiaque de Denderah, c’est à dire, dans quel sens il l’a analysé, tout en précisant que Dupuis ne s’est jamais rendu en Egypte et qu’il ne s’est pas basé sur l’original puisqu’il est mort en 1809, c’est à dire avant l’arrivée du Zodiaque égyptien à Paris.

Il s’est donc basé soit sur la copie du Baron Denon, soit sur la copie de Devilliers et Jollois ou encore une autre, mais certainement pas sur l’original.La copie qui accompagna le livre de Dupuis, fût réalisé par C. P. J. Normand ( 1765 à 1840 ), architecte, dessinateur et graveur fût donc copier sur une de ces copies :

Zodiaque charles Dupuis 1822

Dupuis a regardé le zodiaque dans le mauvais sens comme pratiquement tous ceux qui se sont « penchés » sur ce zodiaque.

Pour l’étudier comme il convient, il faut l’imaginer fixé au plafond dans le sens initial par rapport aux autres éléments du plafond de la Chapelle d’Osiris, c’est à dire qu’il faut tenir compte de la Déesse Nout ( la grande figure qui coupe le plafond en deux parties égales ).

Nout ayant toujours le con à l’Est, puisque c’est de là que renait le soleil qu’elle accouche et ensuite Nout avale de sa bouche l’astre solaire à l’ouest.

D’ailleurs, cette copie qui fût publiée en 1822 dans une réédition du livre de Dupuis indique bien en annotations, dans quel sens, le zodiaque était fixé au plafond, lisez-vous même le détail ces annotations :

détail zodiaque

On lit bien en haut à droite la mention  » Tête de la Grande Figure« , de fait, quand on entre dans la Chapelle d’Osiris en venant de la Terrasse qui est d’ailleurs l’unique entrée de cette chapelle qui sert donc aussi de sortie vers la Terrasse, on voit directement la Tête de la Déesse Nout dans le sens de l’entrée de la Chapelle, comme si la Tête de Nout nous regardait alors que nous sommes sur le seuil de la porte d’entrée.

Le sens dans lequel l’observe Charles Dupuis est donc un mauvais sens, puisque lui comme Devilliers et Jollois ont représenté la Déesse comme si elle se tenait debout sur ses pieds comme une personne, ce qui n’est pas le cas, puisque Nout est le Ciel, son corps est donc courbé ou arc bouté comme une sorte de parapluie au-dessus de notre tête.

Cette erreur provient sans doute du fait que lorsqu’on a fait imprimer le dessin de Devilliers et Jollois, l’imprimeur a jugé représenter la Déesse se tenant debout était plus naturel mais alors comment expliquer ces deux bras levés ?

L’explication est simple , elle est dans une attitude de plongeon, si la Déesse « plonge », le zodiaque qui est accroché à elle, doit se voir dans l’autre sens que celui représenté par l’imprimeur.

La Déesse Nout représentant la voûte étoilée, il est donc plus logique de se représenter la déesse avec la Tête en bas,  c’est pourquoi c’est sa Tête que l’on voit en premier quand on entre dans la Chapelle.

Pour bien visualiser cette explication, voici une photographie montrant sur le plafond astronomique de la Tombe de Ramsès VI ( cinquième pharaon de la XXe dynastie  -1145 à -1137 ) :

Tombe de la métempsychose

Les savants de l’expédition d’Egypte en 1798 appelèrent cette tombe, la Tombe de la métempsychose, c’est à dire la migration des âmes après la mort vers un nouveau corps.

On y voit le parcours du Soleil dans le Corps de Nout qui après avoir été avalé renaîtra de son vagin, le sens de la marche, des personnages qui marchent, indique que le soleil après s’être levé à l’Est se couchera à l’Ouest dans la bouche de Nout.

En tenant compte de Nout, le zodiaque doit donc être observé dans un seul sens, comme sur la copie de Jacob Henrik Mansa ( 1797-1885 ) le  lithographe danois qui selon les indications de Charles de Hesse-Cassel ou Karl Landgraf ( 1744 à 1836 ) qui écrivit le livre intitulé  « La pierre zodiacale du temple de Dendérah: expliquée » publié chez André Scidelin en 1824 à Copenhague.

zodiaque de Mansa et Charles de Hesse-Cassel

Certes, c’est toujours une copie de copies mais remarquez comme le zodiaque a basculé de 90° vers la gauche comparé à celui de l’artiste Normand.

Nous pouvons déterminer que la position, de ce Zodiaque réalisé pour Karl Landgraf, est indiquée par la signature du Lithographe Mansa qui en général se trouve toujours en bas à droite d’une lithographie :

Zodiaque Mansa

Voici la signature de Normand pour que l’on puisse vérifier que c’est bien en bas à gauche que figure la signature d’un lithographe, on remarquera au passage que figure en vertical l’annotation « Pieds de la grande figure » c’est à dire les pieds de la Déesse Nout, cette annotation nous indique que Normand pour Dupuis a bien repris tel quel le Zodiaque dessiné par Devilliers et Jollois :

Zodiaque Normand

Cette analyse de signatures est intéressante parce qu’elle nous permet de constater que déjà à l’époque, dans les années 1820, existait des différences dans la manière visuelle de positionner le Zodiaque.

Ce qui démontre que c’est bien à cause de la position qui diffère entre les savants que les dates différent aussi, ce n’est donc pas étonnant que Dupuis le date comme étant si ancien.

Il est arrivé à cette conclusion parce que selon lui,  le soleil était visible le 21 mars dans la Constellation de la Vierge, pour arriver à cette date, il a fait le calcul suivant :

la durée d’une ère est de + ou – 2160 ans, si à l’époque de Dupuis, nous étions dans l’ère des Poissons, il faut pour remonter jusqu’à la Vierge, multiplié par 6 signes la durée d’une ère, c’est ainsi que Dupuis obtient la date antérieure équivalant à 12.960 années par rapport à son époque.

Négligence graphique dans la Description d’Égypte :

Il n’y a pas que le Zodiaque circulaire dont on a fait de mauvaises copies, même les copies du zodiaque rectangulaire de la salle hypostyle contiennent des erreurs, comme ci-dessous avec la Constellation du Bouvier-Méréou dont nous avons parlé plus haut, le Bouvier a été transformée en déesse Hathor et on peut voir aussi que la Constellation de la Vierge a perdu son épi de blé, ce détail est visible dans la planche 18 de la « Description de l’Égypte… » :

On aurait pu s’attendre à plus d’exactitude de la part des savants de l’Expédition Bonaparte, mais ce constat navrant nous démontre que quand une oeuvre n’est pas l’exacte reproduction d’un original, apparaît toutes sortes de spéculations dont on devrait forcément se méfier.

Un autre personnage connu sous le nom de Jean-Jacques Castex ( 1731 à 1822 ), sculpteur, fit partie de l’Expédition d’Égypte :

J.J Castex

Castex fit partie de la commission conduite par Girard, qui part du Caire le 19 mars 1799 pour la Haute-Égypte.

Napoléon avait personnellement demandé à Castex de réaliser une version en marbre du Zodiaque. Il paraît ( nous verrons plus loin, pourquoi on peut en douter ) que le sculpteur réalisa un modèle en cire en 1799, réduit au tiers, du zodiaque de Denderah, d’après les dessins qu’il avait rapportés d’Égypte. Cette copie fût exposée au Salon d’Arts qui eu lieu le 25 août 1819 au Musée Napoléon, même si ce Salon avait mis l’accent sur les peintures.

Le sculpteur mourut dans la misère à l’Hôtel-Dieu à Paris, certes, il était talentueux mais sa copie en marbre n’est en rien fidèle à l’original :

JJ CASTEX COPIE MARBRE

Si on observe bien cette copie, on se rend très vite compte, que le style égyptien a disparu et qu’il a été remplacé par un style gréco-romain sans doute due au trait académique de J.J. Castex, mais ce qu’on ignore sans doute, c’est que ce sculpteur ne s’est jamais basé directement sur le Zodiaque original comme l’ont fait les autres artistes, ingénieurs et savants de l’expédition.

En effet, J.J.Castex s’est simplement basé sur la copie de MM. Jollois et Devilliers, qui eux aussi s’étaient rendu en Égypte, à l’époque où le Zodiaque était encore fixé au plafond.

Il est donc étrange qu’on nous dise qu’il aurait réalisé une empreinte en cire, si cela avait été le cas, il n’y aurait eu aucune différence entre l’original et la copie, d’autant qu’il faut le rappeler l’original du Zodiaque était encore fixé dans la chapelle d’Osiris.

J.J. Castex fût malgré tout payé pour sa mauvaise copie, comme en témoigne cette notice :

18.000 frs de l’époque, cela représente une sacrée somme pour un travail aussi bâclé, puisque cette copie est très loin de ressembler à l’original, mais le décès de J.J Castex, un an après l’arrivée du Zodiaque à Paris, le mit à l’abri des poursuites qu’on aurai été en droit d’établir contre son oeuvre des plus douteuses d’un point de vue archéologique.

Mais ce qui est intéressant avec cette « copie » en marbre, c’est qu’on remarque bien qu’il n’est pas aussi facile de respecter la position et l’espace entre chaque personnage, ce qui augmente la valeur technique du véritable zodiaque de Denderah, objet unique en son genre, s’il en est, voici un lien, pour observer les autres mauvaises copies du zodiaque de Denderah.

J.J.Castex mourut un an après le décès de Napoléon, sa copie prit la poussière pendant quelques années jusqu’à ce qu’un anglais du nom de Beresford Hope ( 1820  à 1887), administrateur du British Museum vers 1860, acquit la copie de Castex.

Hope la donna en 1862 au Fitzwilliam Museum fondé en 1848, à Cambridge en Angleterre, où elle est exposée depuis.

Style Egyptien et style Grec :

On le constate, nous sommes encore loin du sérieux archéologique qui ne verra vraiment le jour qu’à la fin du 19e Siècle.

Il ne s’agissait pas d’essayer de reproduire le Zodiaque de Denderah comme on le fait pour une nature morte, il aurait fallu pratiquer un décalquage archéologique afin de souligner les vrais détails plutôt que de laisser l’imaginaire des artistes, interpréter ce qu’ils semblaient voir.

Les auteurs de ces copies se sont éclairés grâce à des bougies, torches enflammées et autres lampes à huile, de fait, les personnages et éléments du bas-relief du zodiaque ont forcément été déformé à cause de la flamme vacillante des bougies et torches.

Pourtant chacun de ses personnages à son importance, il ne s’agit pas de voir le zodiaque comme un thème astral ou une carte du ciel, mais d’en étudier tous les personnages pour comprendre pourquoi, certains sont là et pas d’autres, en effet on n’y voit pas la déesse Bastet, ni le dieu Bès et encore moins le dieu Sérapis…( le dater de la Dynastie Ptolémaïque est de fait, erroné )

Quel est le rôle, la fonction, le sens de chacun d’entre eux, bref il aurait fallut pousser l’analyse plus loin que celle de se satisfaire de la simple conclusion qui consiste à dire : « Ce Zodiaque est très ancien !« .

La chapelle où se trouvait le Zodiaque est située à l’Est du Temple, et semblait servir d’observatoire, ce qui explique la Terrasse qui donne sur une vue très dégagée.

Ptolémée XII est il vrai commanditaire du Zodiaque de Denderah ?

Il semble que les grecs n’étaient pas aussi avancés qu’on le pense en astronomie du moins en ce qui concerne la représentation astronomique à en juger le marbre sculpté datant de la même époque que le Zodiaque de Denderah, c’est à dire de la période hellénistique, vérifiez-le vous même.

Le Zodiaque de Denderah est aussi égyptien qu’on peut le désirer; les figures ont toute la « sécheresse » commune au style de dessin Égyptien.

Zodiaque de denderah

Le Vatican contre le Zodiaque :

Monseigneur Affre (1793 à 1848 ), archevêque de Paris, fût un fervent critique des conclusions des savants tels que Dupuis, à propos des dates anti-biblique qu’ils accordèrent au Zodiaque de Denderah :

archeveque Affre

Il écrivit une lettre à l’Académie pour attirer l’attention de ses honorés membres sur la façon dont « certains orientalistes utilisaient les travaux du regretté Champollion pour créer une science à laquelle personne ne comprendrait rien et uniquement pour obtenir des chaires d’égyptologie à 5 000 livres par an. »

Il précise de manière claire que : « Tous les interprètes du zodiaque de Dendérah sont des ennemis de la religion ».

La colère de Affre s’explique par l’atmosphère religieuse des années 1820, à cette époque encore toute récente, selon les interpréteurs de l’Ancien Testament de ce temps, la terre n’existait pas 10.000 ans avant notre ère, en effet selon la Bible la création de la Terre remontait à peine à l’an -2349.

Voici un extrait de la conversation entre Affre et Olympe Philippe Gerbet ( 1798 à 1864 ) autre homme d’Église mais aussi écrivain et journaliste, cette conversion a eu lieu quelques temps avant l’arrivée du zodiaque à Paris, l’artefact était encore fixé au plafond du temple de denderah mais cela n’empêcha certains de commencer à polémiquer sur la remise en question de la bible :

Affre :  « J’espère bien ne jamais vous suivre dans cette triste voie. Arrière toute philosophie qui n’aurait pas pour résultat de confirmer en moi les convictions catholiques!

Gerbet : « Vos convictions catholiques! Vous ne savez donc pas qu’il n’est plus possible aujourd’hui, en présence des découvertes de la science, de croire ce qu’enseigne l’Église? »

Affre : « Quelles sont ces découvertes? »

Gerbet : « Avez-vous entendu parler du Zodiaque de Denderah?

Affre : « Non. C’est la première fois que ce nom est prononcé devant moi. »

Gerbet : « Le Zodiaque, que l’on appelle de Denderah parce qu’il a été découvert, pendant les campagnes de l’armée française en Égypte, dans le grand temple de Denderah, l’ancienne Tentyris, représente l’état du ciel à l’époque où il fut dessiné. Or, pour retrouver cet aspect céleste, il faut remonter à quarante-cinq, à soixante-cinq siècles. Que devient dès lors la chronologie de la Bible ? »

Affre : « Êtes-vous bien sûr de ces calculs ? S’il y a désaccord entre la Bible, qui a pour elle une certitude infaillible, et un monument très incertain, le bon sens dit qu’il faut se prononcer pour la Bible Mais, attendons!.  »

L’Archevêque Denys Affre s’était vivement opposé aux défenseurs du Zodiaque de Denderah, comme étant la preuve en pierre que la Bible se trompait quant à la datation de la création du Monde, mais il n’était pas le seul à brandir le crucifix contre, ce qu’il considérait être, les vampires de l’égyptologie, un autre allié à sa cause, vint le rejoindre dans son combat pour l’entretien de la Foi.

Ce renfort se fît par la personne du savant Ennius-Quirinus Visconti, archéologue, sous-bibliothécaire du Vatican et Ministre de la République Romaine (1751- 1818) :

visconti, archéo

Ennius-Quirinus Visconti selon son érudition, eut même droit aux égards de Napoléon qui le fît Chevalier de l’Empire le 2 juillet 1808, il occupa aussi, un temps, le poste de conservateur au Musée du Louvre de 1803 à 1815.

Cet ami du Pape et de l’Empereur des Français, fût inhumé au cimetière du Père-Lachaise, après avoir avoir vécu une vie aussi riche que diversifiée, tant sur le plan politique qu’archéologique. Mais Visconti mourut avant l’arrivée du Zodiaque à Paris.

Les Défenseurs de la Foi :

Affre et un autre Abbé du nom de Domenico Testa dont l’histoire retint moins le nom mais qui écrivit néanmoins un livre « Dissertazione sopra due Zodiaci novellamente scoperti nell’ Egitto » ( Dissertation sur deux Zodiaques – l’autre Zodiaque est celui qui a été découvert à Esné – nouvellement découverts en Egypte ), se prononcèrent fortement contre la haute antiquité qu’on voulait attribuer au planisphère de Denderah.

Ces défenseurs de la Foi, trouvèrent un appui, non moins étonnant en la personne en vogue à cette époque.

champollion jf

Jean-François Champollion dit Champollion le Jeune ( 1790 à 1832 ), le « père » de l’Égyptologie fût surtout intéressé par le décryptage des Hiéroglyphes sur les Temples, mais effet il ne montra pas de réel intérêt au Zodiaque de Denderah et pour cause, il n’avait aucune notion d’astronomie.

Sa seule réelle capacité fût de se servir des travaux précédant son siècle, qui comme en atteste cet extrait de la main de Bernard de Montfaucon :

bernard de monfaucon

Montfaucon avait déjà bien mâché le travail de traduction à Champollion dont on fît malgré cette édition datant de 1719, le jeune prétendu prodige qui réussit enfin de compte, à juste traduire la langue française du siècle précédant le sien :

CHAMPOLLION l'imposteur

Mais pour conserver sa place et son salaire lui permettant de nourrir ses huit enfants; Champollion affirma que le zodiaque égyptien est beaucoup moins ancien que certaines propositions avancées par ces collègues.

D’après Champollion, le Zodiaque daterait seulement de la période Romaine aux environs du IIe ou IV Siècle de notre ère…Il est évident qu’il voulut plaire ainsi au Pape Léon XII et éviter l’excommunication qui menaçait tous les défenseurs du Zodiaque de Denderah.

Sans réellement avancer de date précise, il confirmait la période avancée par Ennius-Quirinus Visconti, archéologue du Vatican. Source

Champollion à l’arrivée du Zodiaque à Paris, ne maîtrisait pas encore la traduction des hiéroglyphes, puisqu’il fallut attendre le 27 septembre 1822 soit un an après l’arrivée du Zodiaque de Denderah, pour que Champollion écrive la lettre à M. Dacier relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques dans laquelle il fait part de sa découverte d’un système de déchiffrement des hiéroglyphes.

Il faudra encore deux ans à Champollion pour publier aux frais de l’État, son Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens et ouvrir les portes de l’égyptologie scientifique, soit 3 ans après l’arrivée du Zodiaque de Denderah.

« C’est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans un même mot. » écrit-il.

Champollion l’ami du Pape, selon le livre « Champollion inconnu : lettres inédites » de Léon de la Brière (1845 à 1899), paru chez Plon, en 1897 (pp. 171-204 ) dit lui-même :

« Il est difficile d’être mieux accueilli à Rome que je ne l’ai été… Parmi mes bons amis de Rome je compte surtout Monsignor Domenico Testa ( dont nous avons parlé plus haut ) , prélat secrétaire des Brefs aux Princes, celui qui écrivait dans le temps contre le zodiaque de Dendérah. Il m’a reçu à bras ouverts, et comme ayant porté le dernier coup à la bête ( la bète étant les Savants du Zodiaque ) , c’est un vieillard d’une gaieté charmante, homme d’esprit et fort instruit. Il m’a absolument épousé et je lui rends de bien bon cœur toute l’affection qu’’il m’a témoignéeJ’ai eu l’honneur d’être présenté au Pape, qui m’a accueilli de la manière la plus aimable…

Sa Sainteté a daigné me recevoir quoique malade. Le tout s’est passé de la manière la plus aimable. Le Pape, qui parle très bien français, a bien voulu me dire trois fois que j’avais rendu un beau, grand, et bon service à la religion par mes découvertes.« 
Sa découverte n’étant pas le déchiffrement des hiéroglyphes mais bien l’annulation de la haute ancienneté du Zodiaque de Denderah…
En 1822, Champollion écrit et publie sa « Lettre à M. le rédacteur de la Revue encyclopédique, relative au Zodiaque de Dendéra » dans la Revue encyclopédique, XV, juillet 1822, p. 232-239, dans celle-ci il s’autorise avec un culot déconcertant alors qu’il n’a aucune compétence en astronomie, à répondre à M.Biot qui situe le Zodiaque circulaire à la date de l’an -716. Source :  CHAMPOLLION ET LE ZODIAQUE
Le Pape voulut lui offrir un poste de cardinalat mais Champollion refusa ne souhaitant pas être exclu du milieu égyptologique. Malgré son refus, le Pape sollicite alors le roi de France pour que soit attribué la Croix de la Légion d’honneur.
Champollion fût le premier à recevoir cette Croix de la part d’un Roi, en l’occurrence de Charles X, en 1825.
Certains ont interprété cet événement comme une reconnaissance officielle mais ce que l’on ignore, c’est que ce n’est pas le Roi en personne qui lui remit la Croix de la Légion d’Honneur, comme le précise André Bessière, mémorialiste.
De toutes évidences, le succès de Champollion provient davantage d’un contexte politique qu’égyptologique.
Champollion l’opportuniste :

Une autre raison aurait poussé Champollion à négliger l’analyse du Zodiaque de Denderah, en effet, si celui-ci avait rejoint le groupe des savants, il n’aurait sans doute, jamais pu se voir confier par le roi Louis XVIII, cette mission en Égypte, qu’il espérait tant.

Champollion aurait apprit l’art de l’opportunisme, sans doute auprès de son mentor, Antoine-Isaac, baron Silvestre de Sacy ( 1758 à 1838 ), linguiste :

Baron de sasy

Silvestre de Sacy reçut, en 1813, le titre de baron de l’Empire juste avant la Restauration et après les Cent-Jours, il devint membre de la commission d’instruction publique, puis du conseil royal et fut plus tard, nommé administrateur du Collège de France et de l’École spéciale des langues orientales.

C’est ainsi qu’en tant que royaliste, il s’offrit les faveurs du roi Louis XVIII et celle du Pape Léon XII.

Certes de Sacy dans un premier temps avait désapprouvé le travail de son élève Champollion, de Sacy considérant que la bible en matière de langage hiéroglyphique était l’ouvrage Hieroglyphica écrit par Horapollon.

Voici une courte vidéo où on peut voir des acteurs jouant le rôle de de Sacy, de Champollion et de l’abbé Testa, débattant de la polémique religieuse de l’arrivée du Zodiaque à Paris en Janvier 1821, précisons néanmoins que Champollion l' »expertisa » en 1822, n’en déplaise au réalisateur de ce film documentaire sur la vie de Champollion.

Mais l’opportunisme religieux de Champollion lui valut d’être discrédité par les autres savants, notamment le géographe Edme François Jomard ( 1777 à 1862 ), qui écrivit l’excellent ouvrage Mémoire sur la population comparée de l’Egypte ancienne et moderne, paru en 1820, publié à l’Imprimerie impériale.

jomard

Jomard fût secrétaire de la commission scientifique égyptienne sous Bonaparte, il devint l’un des plus fervents détracteurs de Champollion. Il n’acceptait pas, semble-t-il, que Champollion prétende « connaître » mieux l’Égypte que ceux qui ont foulé son sol durant la fameuse campagne d’Égypte. Jomard situait la date du Zodiaque de Denderah vers 1200 avant notre ère.

Jomard tentera, en vain, de toutes ses forces d’empêcher Champollion d’obtenir le poste de conservateur de la division égyptienne et orientale du musée du Louvre que le roi Louis XVIII lui octroie le 17 mai 1826.

Voici la lettre que Jomard adresse personnellement à Jean-François Champollion, extraite du livre « Les deux Champollions, leur vie et leurs oeuvres » par Aimé Champollion-Figeac, page 123 :

Lettre de Jomard à Champollion J

Mais il n’y avait pas que Jomard qui avait Champollion dans le collimateur, un autre illustre personnage, Thomas Young (1773 – 1829), physicien, médecin et égyptologue britannique, ne l’appréciait pas du tout non plus  :

tHOMAS yOUNG

Young fût présenté comme étant le premier à avoir su déchiffrer les hiéroglyphes, en effet de nombreux égyptologues considèrent son article publié dans l’Encyclopaedia Britannica en 1818, intitulé Egypt, comme le véritable fondement de l’égyptologie moderne.

Nul doute, que si Champollion n’avait pas été le protégé du Pape, celui-ci n’aurait pas pu rivaliser avec les savants de son époque…

Les Savants contre l’Église :

Mrs Jollois et Devilliers, les célèbres ingénieurs de la Campagne d’Egypte répondirent à l’Abbé Testa l’ami de Champollion, qui avait donc écrit un livre sur le Zodiaque de Denderah, par le biais de leur livre « Recherches sur les bas-reliefs astronomiques des Égyptiens« , paru aux Éditions Carilian-Goeury, en 1834 :

« Non seulement la haute opinion, que nous en avions conçus d’abord s’est confirmée, mais nous sommes restés convaincus, qu’ils sont les plus parfaits sous le rapport de l’exécution et qu’ils ont été construits à l’époque la plus florissante des sciences et des arts de l’Égypte.

Du temps des Romains les arts étaient perdus. Ni les moyens de travailler les grandes masses et de les adapter aux Monuments, ni les anciens outils n’existaient plus. Les sciences, les peintures, les couleurs, tout était perdu, ou au moins avait été dérobé par la haute prêtrise à la connaissance des mortels. Tout ce que les Grecs et les Romains ont bâtis en Égypte a « disparu » de la terre, pour exemple, le Temple d’Isis que l’Empereur Auguste a fait construire juste derrière le Temple de Denderah.

Tandis que les merveilles Égyptiennes, à la destruction des quelles tant d’ennemis ont travaillés, font et feront encore longtemps l’admiration des savants et de tous les amateurs du beau, du grand et du magnifique; les rois de la XIIe dynastie firent bâtir dans chaque ville un temple, pourquoi celui de Denderah aurait elle du attendre l’arrivée des Romains pour en recevoir un, et qui plus est, un temple astronomique ? »

Le Trio de croyants contre le Zodiaque de Denderah : 

En fait, il est assez simple de comprendre pourquoi le trio Testa, Visconti et Champollion parle du IIe Siècle comme date pour le Zodiaque de Denderah, c’est à cette époque qu’on situe la naissance de Claude Ptolémée, le célèbre astronome et astronome qui a vécu à Alexandrie.

Il était inconcevable pour ces trois-là, que les Anciens Égyptiens aient pu maîtriser l’astronomie avant les Grecs, n’oublions pas que Claude Ptolémée avait placé la Terre au centre de l’Univers, avec le soleil lui tournant autour.

De fait, cette version biblique de l’astronomie ne devait surtout pas être dérangée par une Egypte Ancienne qu’on cantonnait à être juste « adoratrice de chats », voici d’ailleurs un extrait de sa Lettre à M. le rédacteur de la Revue encyclopédique, relative au Zodiaque de Dendéra » : 

CHAMPOLLION ET LE ZODIAQUE

« Il ne suffit pas de posséder à fond, la savante théorie de l’astronomie moderne, il faut encore une connaissance exacte de cette science telle que les Anciens Égyptiens l’avaient eux-mêmes conçues avec toutes ses erreurs et dans toute sa simplicité… »

Voilà qui est navrant de condescendance de la part de celui qu’on désigne comme le « Père de l’Egyptologie…

Autocrata ou Emperator ?

L’abbé Testa se fia au mot grec « autocrata » qu’avait identifié Champollion, non pas sur le zodiaque mais dans le Temple de Denderah lorsque celui-ci se rendit en Egypte de 1828 à 1829.

Ce mot « autocrata » d’après Champollion désignerait un empereur romain mais le célèbre linguiste ne désigne précisément lequel…

Mais le mot « autocrata » ne désigne pas un empereur Romain, puisque qu’à l’époque gréco-romaine, voir même totalement romaine depuis l’an -30, année de la mort de Cléopâtre VII, la langue usitée depuis la fondation de l’empire romain par Auguste, est le latin et non le grec !

Le mot empereur en latin se dit  imperator et non pas « autocrata« .

D’ailleurs en grec, le mot empereur se traduit par αυτοκράτορας, autokpatopas et non pas « autocrata« .

Précisons aussi qu’il n’y a jamais eu d’empereur à l’époque de la Grèce qu’elle soit d’occident ou d’Egypte, à l’époque de la Dynastie Ptolémaïque.

Et qu’il a fallut attendre l’An 0 pour en voir apparaître…bref, bien essayé…

Dupuis le Maudit : 

Le Livre du savant Charles-François Dupuis dont nous avons analyser la conclusion qu’il fait du zodiaque de Denderah continua même après la mort de son auteur à donner des cheveux blancs à  l’Archevêque de Paris Msr Affre.

Mais du fait de l’érudition et de la notoriété de Charles-François Dupuis, peu de personnes auraient osé remettre son érudition en question et son décès après la publication de son livre sur le Zodiaque, ne fît qu’amplifier l’impact de cette découverte sur la société du 19 ième Siècle.

Il faut savoir qu’à cette époque, le statut d’un personne savante était grandement considéré surtout après sa mort, salir la mémoire d’un républicain était donc un sujet délicat, d’autant que beaucoup de lecteurs du livre de M.Dupuis étaient d’accord avec lui.

Est ce parce que la société républicaine voulait rompre avec le lien religieux comme elle le fît avec le décret de séparation de l’Église et de l’État voté par la Commune de Paris (1871) ou bien parce qu’elle pensait vraiment que cette datation si lointaine était exacte, quoi qu’il en soit, « l’affaire fu Zodiaque » fît »grand bruit ».

Quant à M. Antoine-Jean Saint-Martin, Membre de l’Institut de l’Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, et orientaliste (1791- 1832) :

antoine saint martin

Il écrivit dans sa « Notice sur le Zodiaque de Denderah« , lue à l’académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, dans sa séance du 8 février 1822 :

notice sur le zodiaque de denderah saint martin

« Il est clair maintenant que, si le monarque sous le règne duquel s’est fait le planisphère ou zodiaque circulaire de Denderah, était fils d’un roi égyptien; si ce prince a régné avec sa sœur, conformément à l’usage de son pays, et si on ne peut pas prouver d’ailleurs qu’il était un Ptolémée, on ne doit pas aller le chercher parmi les empereurs romains, puisqu’il n’y en a aucun, à qui une pareille circonstance puisse convenir« .

Camille Duteil dont nous avons déjà vu son approche du Zodiaque de Denderah, n’hésite pas dans son livre : « Traité du zodiaque de Dendérah … » à critiquer sévèrement Champollion, le « père » de l’Égyptologie :

critique champollion

« Du reste, nous devons prévenir dès à présent, et nous le démontrerons en mille occasions que M.Champollion le Jeune n’a rien compris aux hiéroglyphes, qu’il ne connaissait même pas la valeur exacte et complète d’un symbole…« 

Doit on conclure que Champollion était réellement incompétent ou qu’il s’agit ici d’un règlement de comptes entre Champollion et l’auteur du Dictionnaire des Hiéroglyphes, paru chez Charles Lawalle et réédité depuis 1839.

Voici une autre critique du travail de Champollion provenant du livre écrit par Julius Klaproth ( 1783 à 1835 ), linguiste allemand : « Examen critique des travaux de feu m. Champollion, sur les hiéroglyphes » paru à Paris, Imprimerie de Dondey-Dupré en 1832 :

champollion vu par Heinrich Julius von Klaproth

« ...car M.Champollion , au lieu de s’empresser à expliquer ce monument, dont le sens était connu par le texte grec, et de se servir de la partie hiéroglyphique pour constater les découvertes qu’il annonçait au monde savant, s’est contente de citer quelques groupes et des passages excessivement courts, de sorte qu’on peut assurer qu’il ne lisait et comprenait pas la dixième partie des quatorze lignes hiéroglyphiques qui restent de ce monument, endommagé par le haut.

Le fait est, et tout juge impartial doit en convenir, qu’on ne pourra se flatter d’être parvenu à une intelligence tant soit peu étendue de l’écriture hiéroglyphique, avant d’avoir fait pour l’inscription de Rosette ce que M.Champollion a négligé de faire ou n’a pas pu exécuter. »

C’est pour le moins éloquent…On se rend compte avec ces textes d’époque, que Champollion n’est pas le « dieu de l’égyptologie » qu’on a tendance actuellement à idolâtrer…

Ce qui est certain en tout cas, c’est que Champollion ne pouvait qu’avoir de sérieuse lacunes en astronomie et en Histoire, en effet, il n’était ni astronome et encore moins historien, comme nous l’a démontré Eric Aubourg, astro-physicien au Commissariat à l’énergie atomique et au laboratoire APC de l’Université Paris-Diderot.

D’après ce dernier et cela est aisément vérifiable, le Zodiaque indique bien l’éclipse solaire qui eut lieu le 7 mars -50, année astronomique :

Eclipse_solaire_du_7_mars_-51

Diodore de Sicile ( 1er Siècle avant l’ère commune ), historien et chroniqueur grec, auteur de la Bibliothèque historique, l, LVII, et LXXXI, nous a écrit  :

« Il n’y a pas de pays où les positions et les mouvements des astres soient observés avec plus d’exactitude qu’en Égypte. Les Égyptiens, profitant de conditions favorables, firent de l’astronomie leur propre science, qu’ils étudièrent les premiers. Ils conservent, depuis un nombre incroyable d’années, des registres où ces observations sont consignées. On y trouve des renseignements sur les mouvements des planètes, sur leurs révolutions et leurs stations; de plus, sur le rapport de chaque planète avec la naissance des animaux, enfin sur les astres dont l’influence est bonne ou mauvaise. En prédisant aux hommes l’avenir, ces astrologues ont souvent trouvé juste; ils prédisent aussi fréquemment l’abondance et la disette, les épidémies et les maladies des troupeaux. Les tremblements de terre, les inondations, l’apparition des comètes et beaucoup d’autres phénomènes ‘qu’il est impossible au vulgaire de connaître d’avance, ils les prévoient d’après des observations faites depuis un long espace de temps. On prétend même que les Chaldéens de Babylone, si renommés dans l’astrologie, étaient des émigrés égyptiens, qui avaient appris leur science astronomique des Égyptiens. »

Ce qui démontre bien que cette éclipse solaire n’est pas le fruit du hasard mais bien une maîtrise du savoir astronomique des Anciens Égyptiens, maîtrise qui ne s’acquiert pas du jour au lendemain, puisqu’il fallut attendre plus de 1000 ans pour qu’en Occident on puisse avec exactitude prévoir une éclipse solaire.

grand-temple-denderah-egypte-elevation-restituee-facade-principale-hittorf-jacques-ignace

Transfert du Zodiaque de Denderah de la Bibliothèque  vers le Musée du Louvre :

En 1922, le fonds égyptien de la Bibliothèque Nationale est transféré au musée du Louvre, c’est ainsi qu’entrent au musée le Zodiaque de Denderah…

Avant de continuer plus loin dans ce transfert, voici le compte-rendu d’un certain Emile Baraize qui s’occupa de poser le moule du Zodiaque sur le plafond de la chapelle d’Osiris :

« Par ma lettre du 16 Janvier 1914, je sollicitais la demande au Gouvernement français d’un moulage du zodiaque circulaire de Denderah qui est au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale a Paris.

Il s’agissait de poser ce moulage à la place de I’original et de boucher ainsi I’ouverture restée béante au plafond d’une des chambres du temple d’Osiris place à l’angle nord-est de la terrasse du grand temple d’Hathor.
La requête reçut bon accueil et le moulage parvint au Caire quelques mois après, mais les événements de la première guerre Mondiale ne permirent pas de s’occuper tout de suite de I’installation, et ce n’est que dernièrement que j’ai pu effectuer le travail.

La mise en place a été rendue plus difficile par le fait que le moulage n’avait pas été exécuté selon les indications que j’avais données. La position horizontale que cette reproduction devait occuper demandait une solidité plus grande que pour un tableau placé verticalement. Aussi j’aurais désiré que le plâtre eut une épaisseur de cinq centimètres et fût renforcé par une toile métallique noyée dans la masse; or la plaque qui a été envoyée n’avait que deux centimètres d’épaisseur et n’était consolidée que par de la bourre de coton. Outre le cadre, il y avait sous le moulage un double croisillon en bois à I’extrémité de chaque traverse fût fixée a l’aide de crampons à des poutrelles en fer à I’autre crampon fût placé au milieu de la plaque, attachée à deux tiges de fer reliant les côtés opposés du panneau central.

Entre les quatre poutrelles j’établis un plancher protecteur au dessus des voûtes de briques, l’espace entre le niveau du dallage et le plafond fût rempli en maçonnerie, sauf le creux nécessaire pour une chape de ciment qui achève de remettre le tout à la hauteur de la terrasse.

Une couche de peinture fût passée sur la surface même du moulage tant pour le préserver que pour atténuer le contraste trop violent qui existait entre le blanc du plâtre et la teinte très sombre des pierres antiques fortement enfumées.

Le plafond de la salle est formé de trois grandes dalles; le zodiaque est gravé sur deux de ces pierres et le joint est marqué très visiblement sur le moulage : c’est ce qui m’a permis de remettre le morceau exactement en place; j’ai dû tenir compte aussi de la bande de pierre détruite tout autour du carré lorsque le zodiaque avait été scié après que les dalles eurent été amincies pour en diminuer le poids.

La réparation ayant été faite et I’aspect de la salle rendu semblable à celui qu’elle avait lorsque le zodiaque fut signalé pour la première fois par les membres de la Commission d’Egypte, des grilles en fer avec toile métallique ont été posées aux ouvertures de la chambre pour éviter à la fois les chauves-souris et les dégradations qui pourraient être dues à la malveillance.

E. Baraize.

 Denderah, le 20 mars 1920. »

On peut se dire que les deux chefs de chantiers qu’ont été Lelorrain pour l’enlèvement et E.Baraize pour le remplacement, ont tous deux une singulière vision du travail accompli sans dommages :

Copie en plâtre du_zodiaque_à_Denderah

En 1922 donc, le fonds égyptien de la Bibliothèque Nationale est transféré au musée du Louvre, c’est ainsi qu’entrent au musée le Zodiaque de Denderah et la Chapelle des Ancêtres de Karnak, Chambre qui fût ramenée en France par Émile Prisse d’Avesnes ( 1807 à 1879 ), aventurier, explorateur , égyptologue, archéologue et journaliste :

emile Prisse d'Avesne, egyptologue

Émile Prisse d’Avesnes contribua avec Thomas Young et Champollion au déchiffrage de l’écriture égyptienne. Durant deux longs séjours qu’il accomplit en Égypte, de 1827 à 1844, puis de 1858 à 1860. C’est du premier, qu’il rapporte deux fameux artefacts, le fameux papyrus Prisse, alors qualifié de  » plus ancien livre du monde » ainsi que la « Salle ou chambre des Ancêtres » de Touthmosis III, aujourd’hui exposée au Louvre.

Il faut savoir comme nous l’avons vu avec Claude ( ou Jean ) Lelorrain, que le droit ou la permission de faire des fouilles en Égypte n’était accordé qu’au compte goutte et que pour agir en toute liberté, il fallait donc déjà montrer sa « carte d’égyptologue ».

Prisse d’Avesnes ne possédait pas un tel laisser-passer, c’est pourquoi prétendant agir  » dans l’intérêt de la France », il déroba cette liste royale, car la concurrence égyptologique faisait rage déjà à son époque, car selon lui, une expédition Allemande, dirigée par l’égyptologue Karl Richard Lepsius ( 1810 à 1884 ) faisait route vers Karnak :

kARL LEPSIUS

Après le décès de Champollion, Karl Richard Lepsius étudie de manière systématique sa  » Grammaire égyptienne », publication posthume en 1836 mais pas encore largement acceptée. Lepsius développe l’explication de Champollion des hiéroglyphes, et affirme (contrairement à Champollion) que les voyelles ne sont pas écrites.

C’est en 1842 que paraît l’édition, par Lepsius, du livre des morts ou Livre pour Sortir au Jour des Anciens Égyptiens, composé à partir d’un papyrus qu’il étudie à Turin.

Cette même année 1842, Lepsius est chargé par le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV (1795 à 1861 ) de la direction d’une expédition en Égypte qui durera de 1842 à 1845, par une convention avec le vice-roi égyptien Méhémet Ali, l’expédition de Lepsius est autorisée à emporter des objets originaux, et même de les démonter comme par exemple les linteaux et les montants d’une porte, où apparaît le nom du pharaon Neterikhet Djéser ( IIIe dynastie – 2740 à 2573 ).

Craignant que Lepsius ne s’approprie les fameuses tables de Karnak nommée « La Chapelle des Ancêtres », Prisse d’Avesnes les ramena en France en 1844, non sans risques.

Ce monument fût signalé dans les écrits de Champollion, lors de son séjour de 1828 à 1830, la plupart des archéologues et aventuriers connaissaient donc son existence.

D’avesnes avait vu la salle des ancêtres menacée d’un côté par l’expédition prussienne de Lepsius et d’un autre côté par les envahisseurs Ottomans, que l’on nomme à tort « Egyptiens », sans égard à tout sentiment d’appréciation ou de vénération pour la haute valeur des documents historiques qu’ils détruisaient.

Pour eux, une pierre, est une pierre, il était plus facile d’aller en desceller dans les temples et même sur les pyramides plutôt que de se rendre dans une carrière…

Il faut aussi préciser qu’ils avaient l’autorisation officielle du Pacha Ali d’agir comme des vandales, la religion islamique autorise de fait, la destruction de tout ce qu’elle juge comme étant de l’idolâtrie ou du moins en concurrence au dieu des Musulmans.

La Salle des Ancêtres, dont les bas-reliefs, aux couleurs magnifiquement conservées, énumèrent une imposante série de souverains, formant ainsi une précieuse chronologie.

Aussi, avant de commencer à desceller les pierres, Prisse d’Avennes entreprend un estampage en papier de ces reliefs, pour témoigner de l’état dans lequel ils se trouvaient alors.

liste royale

Si Lepsius n’apprécie guère les Égyptiens modernes, qu’il allait jusqu’à mépriser, Prisse d’Avennes lui a depuis longtemps appris les mœurs et la langue du pays, c’est pourquoi il craignait tant qu’avec le temps, ne disparaissent tous les vestiges de l’ancienne Égypte, recyclés en vulgaires maisons ou mosquées. Mais l’égyptologue Allemand voulant aussi cette Salle des Ancêtres est pris de vitesse par Avesnes.

La légende voudrait que les deux archéologues se soient croisés sur le Nil, Lepsius montant à bord de l’embarcation du Français, et qu’ils auraient discuté sur la caisse contenant la chronologie.

Il faut mettre cet épisode sur la façon qu’ont certains d’embellir les histoires, car le voyage de Prisse d’Avesnes s’arrêta avec son retour à Paris le 15 mai 1844, alors que Lepsius revint de son exploration de la Nubie à Thèbes, seulement le 2 novembre 1844.

Cette période de 6 mois entre le retour à Paris de Prisse d’Avesnes et Lespsius qui remontait de son exploration de la Nubie, nous pousse à croire que l’ethnologue Français avait davantage craint le vandalisme des Ottomans que l’expédition Prussienne…

C’est à cause de ce vol, que Prisse d’Avesnes ne pût désormais prendre que des photos lors de ses séjours en Égypte, car l’égyptologue Auguste Mariette ( 1821 à 1881 ), l’avait dénoncé auprès du milieu restreint des égyptologues comme étant un vandale ne respectant pas le patrimoine de l’Ancienne Égypte.

Il est vrai que Prisse d’Avesnes, ramena les Tables de la liste royale dont une partie est hélas illisible à cause de la méthode non-orthodoxe qui fut utilisée quand il l’a déroba.

Mais on lui accorda malgré tout, par la suite, son statut d’égyptologue, puisqu’en livrant cette Chapelle des Ancêtres au Musée du Louvre, il reçut la Légion d’Honneur, sur la recommandation du philologue helléniste, épigraphiste et archéologue Jean-Antoine Letronne ( 1787 à 1848 ), ce dernier avait succédé à Champollion pour la chaire d’archéologie.

C’est donc en 1922, que la Chapelle des Ancêtres se retrouva exposée au Musée du Louvre, la même année? l’archéologue et égyptologue Britannique Howard Carter ( 1874 à 1939 ) découvrit la tombe de Toutankhamon.

La Chapelle des Ancêtres et le Zodiaque de Denderah :

A propos de Thoutmôsis III, il est intéressant de savoir que la salle 12 Bis du Pavillon Sully, où est exposé le Zodiaque de Denderah, est divisé en deux parties, à droite on peut voir le Zodiaque exposé au plafond :

Salle-12-bis-droite-partie-gauche-zodiaque

Et à gauche, on peut voir la reconstitution de  » la Chapelle des Ancêtres  » :

Salle-12-bis--partie-gauche-chambre des ancêtres

Le Zodiaque de Denderah, précurseur de la Laïcité Française :

La polémique qu’avait soulevé l’étude du Zodiaque Égyptien par les savants du 19 ème siècle stimula donc l’apparition des prémisses de la Laïcité.

On peut dire et même affirmer, que le Zodiaque de Denderah est venu ponctuer un tel débat de société qui avait déjà commencé en 1801, c’est à dire, lors de la période où le dessin du Zodiaque Égyptien exécuté par le Baron Denon, circulait déjà dans tout Paris.

Le Concordat de 1801 fut signé le 26 messidor an IX ( Juillet 1801 ) à minuit, ce concordat, en créant des relations officielles entre l’État français et la papauté, nécessita une réorganisation de la hiérarchie catholique en France. En effet, après la Révolution Française de 1789, les ecclésiastiques avaient dû prêter serment de fidélité à la Constitution, si ils voulaient échapper à la guillotine.

Signature_du_Concordat_entre_la_France_et_le_Saint-Siège,_le_15_juillet_1801

C’est dans ce climat politico-religieux qui dura de 1801 à 1905,  que la France hérita de la Loi de 1905, c’est à dire, la Loi de séparation des Églises et de l’État.

Fin de l’enquête, dossier classé, Champollion fût bien un imposteur et de la pire espèce.

Publicités

2 réflexions sur “Le Secret de la Découverte du Zodiaque de Denderah ou l’Imposture de Champollion.

  1. Ce document exceptionnel est parfaitement exact et bien documenté ! On peut retrouver certaines assertions concernant Napoléon Bonaparte dans certains livres de Serge Hutin qui est à la fois franc-maçon et rosicrucien : Gouvernants invisibles et sociétés secrètes…

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s