La Constellation de la Balance, Egyptienne ou Mesopotamienne ?

 

 

La Balance Égyptienne :

Certains auteurs affirment que la Constellation ou/et le Signe de la Balance est apparu grâce aux Romains et d’autres disent que c’est grâce aux Mésopotamiens. Mais au vu du Zodiaque de Denderah, nous pouvons observer qu’aucune de ses affirmations ne s’avère probable, en effet, si ce sont les Romains à qui nous devons la représentation de la Balance, comment expliquer qu’elle soit présente sur le Zodiaque circulaire égyptien ? Nous savons que Rome a envahi l’Egypte Antique à la mort de Cléopâtre VII, c’est à dire précisément le 12 Août -30, avant cette date, certes Jules César s’était déjà rendu en Egypte, mais d’après les historiens, ce serait juste après juin -48 lorsque son ennemi Pompée se réfugia et mourut au Pays d’Osiris. Ce fait est confirmé par la réforme julienne du Calendrier Romain de l’an 46 av. J.-C, c’est à Alexandrie que Jules César rencontra Sosigène l’astronome grec qui l’aida à appliquer le calendrier Égyptien au Calendrier Romain. Nous constatons avec ce détail concernant Sosigène, que les Romains n’apparaissent pas du tout comme des astronomes ou des personnes instruites des « choses du ciel », puisqu’ils n’ont fait qu’adapter une invention égyptienne, les egyptiens n’avaient donc pas besoin des romains, pour enrichir leur savoir, c’est bien le contraire qui eut lieu. Avant la venue de Jules César en Egypte, les rapports entre Rome et Alexandrie était sporadique, mais en cela concernait principalement et uniquement des relations commerciales, en effet, l’Égypte sous la dynastie Ptolémaïque revendait son blé aux Romains, entre autre. Mais leurs relations s’arrêtaient là, du commerce sans plus, et ce à partir de l’an -250, car auparavant Rome n’avait jamais mis les pieds en Egypte, elle ne le fît que lorsque la Macédoine intervint dans les affaires entre Grèce et Rome, après la mort de Ptolémée II ( -246 ) mais il fallut attendre la naissance et la mort de Cléopâtre VII pour que Rome commence à s’immiscer dans la culture égyptienne mais principalement d’un point de vue politique. Nous pouvons constater en visitant le Temple d’Esna, dont la restauration fût ordonnée par Ptolémée III Évergète II ( -144 à -116 ) mais dont la construction fût ordonnée par Ptolémée Philométor qui règna de -181 à -144, qu’il y figure aussi un zodiaque sur lequel on peut y voir la représentation de la Balance quasiment au milieu de celui-ci près du Scorpion sur la bande inférieure :

Dont voici une photo afin de l’observer conformément à la réalité :

On observe bien juste à côté du Scorpion, une femme portant une balance, cette femme et sa balance seront appelées bien plus tard sous Claude Ptolémée l’astronome Vénus et sa Balance. Mais les Anciens Égyptiens nous le savons la nommaient Maât, la Déesse de la Justice, de l’Harmonie, dont la Balance servait à peser le coeur du Défunt afin qu’il soit juger sur ses actes positifs ou négatifs. Il y a donc une référence très nette et historique entre la Balance en tant que Constellation et la Balance en tant qu’instrument de la Déesse à la Plume. La Maât par extension, signifie conserver l’harmonie entre le Cosmos et la Terre, c’est à dire faire en sorte que la vie d’une personne soit mesurée afin de conserver l’équilibre cosmique. Harmonie, Justice sont des références astrologiques précisément attribuées au Signe de la Balance.

Maat est le concept fondemental de la société égyptienne. La Maat, c’est le monde organisé, l’ordre, la stabilité, la justice. Le principe de Maat c’est l’équilibre entre les forces antagonistes et contraires qui gouvernent le monde. L’univers pour les Anciens Egyptiens est comme une structure harmonieuse réglée selon des lois dont la Déesse Maât est la garante, ses lois établissent un équilibre entre les dieux et les hommes dont Pharaon a la responsabilité. Cette réciprocité est fondamentale dans la culture de l’ancienne Egypte. Présente dans les textes des pyramides ( -4 500 ans ), Maât peut aussi incarner l’avatar de Maât-Tefnout et son frère Shou, les enfants du dieu créateur Atoum-Rê, le Soleil. Cette dualité ou plutôt ce couple que forme la Déesse Maât avec le Dieu Shou, accentue davantage la notion des deux plateaux dela Balance, ce couple de frère et soeur, enfants de Atoum-Ré le soleil semble avoir été repris par les Mésopotamiens pour le culte du dieu du Soleil Shamash et ses assistants Kittu et Misharu apparu dans la seconde moitié du IIe millénaire dont nous reparlerons plus loin. Ci-dessous, on voit la représentation de la Déesse Maât et sa Plume sur la Balance :

Les Anciens Égyptiens accordaient une importance considérable à cette notion de l’Harmonie nommée Maât, au point qu’ils superposèrent la Déesse Maât à la Balance, la Balance devenait donc la Déesse et réciproquement mais il arrivait aussi que l’on représente deux Déesses Maât comme les deux plateaux d’une balance de chaque côté du Défunt , comme ci-dessous dans le sanctuaire d’Amon-Sokaris-Osiris dans le temple d’Hathor près de Deir el Medineh :

La Déesse de la Justice à même un Temple, nommé Temple de Maât à Karnak. Le Culte de la Déesse Maât remonte aux origines de la civilisation Egyptienne, de fait, on est bien forcé d’accepter que si l’Egypte Antique avait crée un seul Signe du Zodiaque, c’est bien celui de la Balance. Voici un exemplaire d’une balance moins sacrée que celle de Maât mais qui était utilisée pour le pesage des denrées dans le quotidien des anciens Égyptiens, datant de la 18ème dynastie ( -1550/-1292 ), elle fut découverte en 1906 par Arthur Weigall et Ernesto Schiaparelli dans l’hypogée de Thèbes :

Elle semble correspondre assez bien à la Constellation de la Balance et du cercle qui y est rattaché comme on peut l’observer sur le Zodiaque de Denderah :

Voici les accessoires de la Balance, des poids trouvés à Uronarti au Soudan ( qui faisait alors partie de Égypte Antique ) datant de la XII ème Dynastie ( -1991 /-1786 ) et qui portent le hiéroglyphe de l’or :

Si il existe des poids, c’est qu’il existe une balance, il ne fait aucun doute que cet instrument de mesure mais aussi instrument divin était fort utilisé dans l’Égypte Ancienne.

deben et poids

Nous observons bien sur la photo ci-dessus, que les anciens Égyptiens étaient habitués à utiliser des poids dans leur quotidien, les poids utilisés avaient diverses formes et diverses unités de mesures et ce depuis l’Ancien Empire.

Le Deben, unité de mesure de poids : 

Le deben (ou tabonon) étaut l’unité de mesure de poids, Deben signifie littéralement anneau de métal.

DEBEN ANNEAUX

À l’époque de l’Ancien Empire, le deben pesait 13,6 grammes, puis, au Moyen et Nouvel Empire, sa valeur est définie entre 90 et 91 grammes. Le deben était subdivisé en 10 qité (1 qité = 9,1 grammes) ou en 12 sénious (ou shâts).

balance-egyptienne

La Balance selon Antoine-Jean Saint-Martin

antoine-saint-martin

Après cette approche matérielle à propos de la Balance, retournons dans les étoiles, et voyons ce que dit Antoine-Jean Saint-Martin ( 1791 à 1832), orientaliste, dans son livre « Notice sur le Zodiaque de Denderah » paru chez Delaunay, en 1822, à propos de la Balance : « L’origine du nom de la balance, dont l’antiquité a été l’objet de tant de discussions, ne remonterait donc, selon nous, guère plus haut que l’an 1172 avant notre ère, et nécessairement elle assignerait une époque plus moderne à tous les monuments de l’Égypte, qui en offrent la représentation. Il ne faudrait cependant pas conclure , de ce que je viens de dire, que la division actuelle du zodiaque n’aurait pas à cela près une origine plus ancienne; quoi qu’il en soit sur ce dernier point, étranger selon nous à la question, nous sommes bien persuadé que le planisphère de Denderah est postérieur au 12 siècle avant notre ère.

L’abbé Testa, comme nous l’avons déjà dit, et M.Visconti, se prononcèrent fortement contre la haute antiquité que l’on voulait assigner au planisphère de Denderah ; ils employèrent, pour combattre ce système,des raisons plus ou moins solides; mais au fonds, elles ne sont que spécieuses, et n’ont rien en elles-mêmes qui puisse amener la conviction d’un lecteur, qui, sans s’embarrasser du résultat, cherche simplement la vérité. On voit qu’ils tiennent trop à ce que le monument soit moderne. Selon l’abbé Testa, il ne peut être antérieur au 3e siècle avant notre ère; Visconti, plus hardi, le rabaisse jusqu’au Ier siècle après notre ère, au temps de la domination romaine, en Égypte. Ils tirent, comme nous, leur plus fort, ou même leur seul bon argument, de la présence de la balance parmi les signes du zodiaque. Le signe de la Balance, disent ils, ne fut connu que vers le temps d’Auguste, antérieurement il était remplacé par les serres du Scorpion; si donc le monument était plus ancien, on y verrait la représentation primitive, et non un signe d’une origine plus moderne.

BALANCE astronomique

Toute spécieuse qu’est cette raison, elle est mauvaise: pour l’écarter, il suffit d’une distinction. C’est dans le zodiaque grec qu’on voit les serres occuper la place de la Balance; pourquoi ne verrait-on pas une autre forme sur un monument égyptien , si ce monument est vraiment égyptien ? L’abbé Testa et M. Visconti croyaient que le planisphère de Denderah avait une origine grecque : mais sur quelles raisons se fondaient-ils eux-mêmes ? La plus forte qu’ils pussent alléguer, était la présence du signe dont l’antiquité est contestée, celui de la Balance. Si l’usage de la Balance, pour désigner la constellation qui porte actuellement ce nom, ne remontait pas plus haut que le règne d’Auguste, il faut convenir que les astronomes, auteurs de cette innovation, auraient été assez mal avisés de la faire, à une époque où le point équinoxial avait déjà abandonné cette constellation.

La présence de la Balance sur le planisphère de Denderah ne peut donc, selon nous, fournir un solide argument contre l’antiquité de ce monument, et contre son origine purement égyptienne, si on peut prouver que cette manière d’indiquer le signe, qui répondait aux serres du Scorpion chez les Grecs, était particulière aux Égyptiens. La forme de la Balance, donnée à la constellation voisine de l’équinoxe d’automne, était donc particulière aux Égyptiens. Il nous semble qu’il est bien facile de concevoir maintenant comment son emploi devint presque universel vers le temps d’Auguste; ce fut une conséquence de la réforme du calendrier romain et de l’établissement de l’année julienne. »

Voilà qui est clair, la Constellation de Balance, dans la forme que nous lui connaissons actuellement, est bien d’origine Égyptienne.

Zodiaque et Sarcophage :

Voici aussi une représentation de l’intérieur d’un sarcophage datant de la période Ptolemaïque où l’on constate bien que la Balance ( à la droite de la Déesse Nout au niveau de sa cuisse droite ) était connue bien avant les Romains :

Cette représentation du zodiaque dans ce couvercle de sarcophage est plus ancienne ( car si on observe le Sagittaire, on constate que celui-ci a encore deux têtes ) mais qu’aussi y sont représentés des scènes purement astronomiques comme celle-ci :

Ce genre de scène se retrouve par exemple dans la Tombe de Senenmout, l’architecte de Hatchepsout( XVIIIe dynastie : -1550/-1292 ) :

Ou dans le Ramesséum de Ramsès II ( XIXe dynastie -1304 / -1213 ), Ainsi nommé par Champollion, le « château de millions d’années », il constituait l’endroit où le renouvellement de l’essence divine de pharaon était célébré. Vaste domaine, ceint d’un haut mur d’enceinte, en son centre se trouvait le temple, entouré de bâtiments pour les célébrations des fêtes, des bureaux administratifs, maisons de prêtres, atelier, entrepôts et un palais où résidait Ramsès lors de sa venue sur le site. :

Ce détail à toute son importance, car il ne s’agit pas juste d’un sarcophage zodiacal mais bien astronomique. Selon Karine Gadré, Docteur en Astronomie de l’Université de Toulouse : « Diverses fouilles, menées au cours du XXème siècle sur les sites d’Assiout, Thèbes, Gebelein, Assouan, etc., ont mis au jour vingt fragments de sarcophages de bois datant de la Première Période Intermédiaire et du Moyen Empire, dont l’intérieur du couvercle est décoré d’une semblable imagerie céleste : des tables qu’Alexander Pogo a été l’un des tous premiers, dans les années 1930, à assimiler à de véritables horloges stellaires. Ces fragments font à présent partie des collections égyptiennes du British Museum, du Musée du Caire, du Musée du Louvre, du Musée de Turin, de l’Institut Archéologique de l’Université de Tübingen, du Musée d’Hidelsheim, etc.  » Il semblerait d’après l’archéologie russe, que le British Musueum abrite des douzaines de couvercles astronomiques de différentes époques, mais que ce sujet a été jugé « non intéressant », c’est pourquoi il est très rare d’en voir… Certains sarcophages comme celui d’Idy offre même des tableaux astronomiques d’une précision telle qu’on s’étonne encore de la place si importante de l’astronomie pour la civilisation de l’Ancienne Égypte.

D’autres sarcophages contiennent une simple représentation de la Déesse Nout ou de la Déesse Mout sans les Signes du Zodiaque, d’autres mêlant les deux. Celui en bois de Heter trouvé par l’Égyptologue Heinrich Karl Brugsch ( 1827-1894 ), est très particulier et vraisemblablement date du début de l’époque Ptolémaïque, car de nombreux détails ne sont pas du tout repris à l’époque Romaine, les détails astronomiques sont en effet totalement absents des couvercles « romains », seuls apparaissent la déesse Noût stylisée à la romaine ainsi que les douzes Signes du Zodiaque comme par ex, dans celui de Soter, son aspect ressemble davantage à une sorte de décoration qu’à un cours d’astronomie comme dans celui en bois de Heter.

Voici un bref résumé de ce qu’on trouve dans le Sarcophage de « Brugsch »: Les 4 Points cardinaux aux 4 extrémités. Les 24 heures divisées en 2 paires de douze heures, celle du jour et de la nuit. La représentation de Orion comme on la trouve dans les tombeaux de Sethi 1 er, de Senenmout, … 5 Planètes sont indiquées en hiéroglyphes à côté de certains signes du Zodiaque. La représentation de certains personnages tel que le Phénix ( ou Héron ) Les 4 personnages symbolisant les 4 vases de Canope Les 12 Signes du Zodiaque dont la Balance dont certains disent que ce sont les Romains qui ont crées cette constellation/signe sur base de l’astronomie mésopotamienne mais alors comment expliquer la présence de la Balance dans le Temple d’Esna ? Et détail important, le couvercle est riche de hiéroglyphes.

Bref, tous ces détails ne se retrouvent plus dans les couvercles de sarcophages de l’époque romaine. Selon « Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft volume  » le magazine de 14 écrit : C’est le 6 décembre 1857, qu’accompagné par son ami Mariette, l’égyptologue Français que l’égyptologue allemand Heinrich Karl Brugsch découvre le fameux couvercle, sur le toit ensablé du toit du temple de Amenophis III, à Thèbes (aujourd’hui Louxor), parmi une grande quantité d’autres sarcophages en bois. Par comparaison avec le sarcophage de « Brugsch », voici celui bien plus simple de Soter :

Mais ce qui est intéressant avec ces deux versions, c’est que même si le sarcophage de Soter date de l’époque gréco-romaine, l’inspiration de l’iconographie, elle est bien égyptienne, comme nous l’avions déjà vu avec le Zodiaque d’Esna ( dont la construction remonte sous Ptolémée Philométor (-181 à -144 ). Comparaison des sarcophages : Il est aussi intéressant de se baser sur le style graphique représentant la Déesse Nout, non pas celui de Soter qui est de style grec avec un tendance byzantine, mais plutôt celui de Brugsch, on a pas l’habitude de voir un tel graphisme chez les Anciens Egyptiens qui nous ont habitués à plus de beauté chez une femme, bien que selon les dynasties, le graphisme diffère selon le pharaon. Comparons le style graphique du sarcophage de Brugsch avec celui du sarcophage de Isetenkheb qui date du début de l’époque saïte, XXVIe dynastie, vers -664 à -500 :

Certes, n’y apparaissent pas les Signes du Zodiaques, mais ce qui est intéressant c’est un « petit » détail entre la Déesse Noût du sarcophage de Brugsch et celui de Isetenkheb :

Ce détail graphique c’est celui des seins de la Déesse du Ciel, en effet, on remarque sur les deux sarcophages que ces seins sont représentés d’une manière très particulière, comme si ils étaient fixés sur les aisselles de la Déesse, pourtant les Anciens Egyptiens savaient dessiner des seins dans une posture logique :

Cette représentations de la poitrine de la Déesse s’explique sans doute par une sorte de « nourriture divine », comme si la déesse était perçue avant tout comme une mère nourricière plutôt qu’une « simple » femme. C’est aussi un fait que la déesse Noût pouvait aussi être représentée par une truie, c’est à dire la femelle du porc, qui nourrit ses petits mais qui est aussi capable de les dévorer, mais cette désignation porcine est tardive, puisqu’elle date du début de la dynastie des Ptolémées. Soulignons au passage que le Sarcophage de Isetenkheb est sensé dater d’une époque plus ancienne que le sarcophage de Brugsch, pourtant il est beaucoup moins élaboré astronomiquement et astrologiquement parlant…

Conclusion sur la Balance Égyptienne :

Yves Lenoble, historien de l’astrologie, a donc tort d’écrire ceci à propos de la Balance :

« Il faut rendre à César ce qui est à César. Il m’est agréable de dire ici, sur cette terre italienne, que ce sont les Romains qui, en remplaçant « les Pinces » par la Balance, vont constituer définitivement notre zodiaque. Il a donc fallu les génies conjugués des grecs et des romains pour que se fixe définitivement le zodiaque des douze signes. La formule grecque « zôdiakos kuklos » fut traduite en latin « signifer circulus » (cercle porteur de signes), « zodiacus circulus » (cercle zodiacal) ou « signorum circulus » (cercle des signes). Par la suite, l’adjectif zodiacus devint également un nom et c’est de ce nom que provient ce terme si utilisé de « zodiaque ».

Mais qu’en est il au juste de la Balance des mésopotamiens ?

La Mésopotamie et la Balance :

Les Mésopotamiens quant à eux, ne connaissaient pas la Balance astronomiquement parlant, pour eux, les plateaux de la Balance représentaient les Pinces du Scorpion, l’origine du Zodiaque astrologique remonte donc aux Anciens Égyptiens, du moins pour son iconographie et aussi son nombre, car un zodiaque sans la Balance, cela fait seulement 11 Constellations pour l’Écliptique pour les Mésopotamiens. Cependant, il existe une théorie, qui consiste à penser que les dieux Kittu et Masuru assistaient Shamash, le dieu Soleil Shamash et que ce sont ces deux assistants qui représenterait symboliquement chacun, un des plateaux de la Balance. Mais cette affirmation est spécieuse d’autant que la balance en tant qu’instrument de mesure est d’origine égyptienne aussi loin que l’on remonte dans le temps, comme l’atteste, les métrologues.

Voyons voir qui est donc ce Shamash et ce qu’il en est de cette balance dite mésopotamienne :

Shamash, en plus d’être le Soleil pour les Mésopotamiens, est aussi le garant de la justice mais dans un sens différent des Anciens egyptiens, en effet, la célébration du dieu Shamash porte sur le fait que rien n’échappe à sa lumière, car il parcourt chaque jour la Terre mais selon la cosmologie mésopotamienne, la surface la Terre est plane et finie, entourée par une mer puis des montagnes situées au bout du monde ! Ce détail de la platitude de la Terre nous fait observer que la Mésopotamie ne connaissait pas la rondeur de notre planète, contrairement aux Anciens Égyptiens. C’est de ces montages qui limitent le Monde, qu’apparaît Shamash le dieu Soleil, Kitu et Masuru eux, symboliserait plutôt l’Est et l’Ouest, qui représente la trajectoire du Soleil qui se « lève » et qui se « couche » vu de la Terre. Shamash est loué, souvent aux côtés de ses assistants, sa parèdre Aya, son vizir Bunene, et Kittu et Misharu, ce qui fait deux plateaux de trop, si on suppose que Kittu et Misharu ont inspirés les plateaux de la Constellation de la Balance… L’instrument qui servait à mesurer la Justice de Shamash était une sorte de scie recourbée et non pas une balance telle que nous la connaissons :

Le culte de Shamash dans les sanctuaires de Larsa et Sippar s’éteint entre le IVe siècle et le IIe siècle avant notre ère avec l’effacement des anciennes traditions religieuses mésopotamiennes et des structures qui assuraient leur pérennité. Durant les trois premiers siècles de notre ère, le culte de Shamash connaît néanmoins un dernier essor plus au nord, dans la ville de Hatra dont le Dieu-Soleil est la divinité tutélaire. Dans les inscriptions en alphabet araméen qui y ont été mises au jour, son nom y apparaît sous la forme šmš (cette écriture ne notant pas les voyelles comme les autres alphabets sémitiques), et est souvent appelé par l’épithète Maran, « Notre maître ». Celui-ci présente alors des particularités par rapport au Dieu-Soleil de la tradition ancienne puisque sa parèdre est alors la déesse appelée Martan, « Notre maîtresse » (qui ne semble pas correspondre à Aya même si son identité exacte reste indéterminée), et que son animal-attribut est l’aigle (Nishra).

Dans les inscriptions locales en alphabet romain, il est assimilé au Sol Invictus par des soldats de la légion stationnant dans la ville durant la première moitié du IIIe siècle. Shamash dispose d’un temple dans la partie centrale de la ville, qui est un vaste sanctuaire enclos dans une muraille, et témoigne là aussi de fortes influences gréco-romaines. C’est donc seulement à partir du III ème Siècle que les Romains incluent la Constellation de la Balance Égyptienne, par le biais de la Justice de Shamash le dieu Soleil, il est intéressant de savoir que le tout nouveau Calendrier de Jules César ou plutôt de Sosigène ne s’est pas imposé aussi vite qu’on le pense, en effet, le Calendrier Romain primitif d’avant le dictateur esclavagiste romain était lunaire ! Revenons à cette théorie concernant la Balance de Shamash dont il existe juste un seul dessin qui en plus n’est pas d’époque, puisqu’il a été réalisé en 1992, qui représenterait Shamash et ses deux acolytes Kittu et Masuru, cette reproduction, si elle est basée sur un vestige officielle, montre en effet, ce qui ressemblerait à une balance :

Ce dessin provient en fait, du dictionnaire illustré : “Gods, Demons, and Symbols of Ancient Mesopotamia” publié en 1992 et écrit par Jeremy Black and Anthony Green, avec des illustrations de Tessa Rickards. C’est à partir de ce dessin que l’ouvrage “Representing Justice : Invention, Controversy, and Rights in City-States and Democratic Courtrooms” écrit par Judith Resnik et Dennis Curtis et publié en 2011, qui traite de l’histoire de la Justice à travers les âges, que certaines personnes avancent l’idée que la Mésopotamie connaissait la Constellation de la Balance. C’est aller un peu vite en besogne, car cette image représente une balance dont la symbolique exprime avant tout la Justice rendue par Shamash mais peux t’on sérieusement à partir de cet instrument de Justice, conclure que les Mésopotamiens connaissaient la Constellation de la Balance ? Évidemment que non, d’autant qu’il est reconnu que les Mésopotamiens ne visualisaient que le Scorpion et ses pinces en lieu et place de la constellation de la Balance… Dans le livre de Judith Resnik et Dennis Curtis, il est indiqué que la tablette d’où est tiré le dessin date des environs de -2350 à -2100, mais ce n’est pas la Tablette qui porte précisément cette date, c’est l’époque supposée à laquelle elle pourrait correspondre, ce qui est très différent, quand on sait que dater la civilisation mésopotamienne n’est pas évident d’un auteur à l’autre…

Selon le dictionnaire de Jeremy Black et Anthony Green traitant des dieux, démons et symboles mésopotamiens, il n’est pas indiqué non plus de manière précise la date de ce dessin, ce dictionnaire indique juste que la tablette d’où est issu le dessin de la Balance daterait de la période Akkadienne, période qui va du XXIVe siècle au début du XXIIe siècle avant notre ère, il s’agit donc pour l’instant de pure spéculation d’autant que cette tablette n’a pas été photographiée, ainsi pour seule preuve archéologique, nous devons nous contenter de ce dessin. Sans aller jusqu’à l’affirmer, ce dessin pourrait très bien avoir été réalisé sur base d’une autre tablette, comme celle-ci par exemple :

Observer comme le bras du personnage de gauche est tordu quasiment de la même manière que celui du personnage du dessin, remarquez aussi au passage, que sur cette tablette ne figure pas de balance, pourtant c’est bien Shamash qui est représenté sortant des deux montages, tel un soleil. Le doute persiste et ne sera éliminé que lorsqu’on pourra voir cette tablette dont provient le dessin en question, mais même si cette tablette existe réellement, pourras-t’on pour autant comparer une balance de Justice avec celle des Anciens Égyptiens, qui elle symbolise l’harmonie de Maât mais aussi l’égalité des jours et des nuits à partir de l’Equinoxe d’Automne ?

En attendant, voici un fragment plus récent qui provient de l’obélisque de Nimrod, datant de l’époque du Roi Assurnazirpal II ( -883 à – 859 ) qui représente aussi une balance :

Pourquoi se contenter d’un dessin alors qu’existe ce fragment, est ce parce que ce fragment n’est pas aussi vieux que certains l’auraient souhaité pour chercher à nous convaincre que les Mésopotamiens connaissaient la Constellation de la Balance même s’ils ne l’ont jamais représentés dans le ciel ?

En tout cas, il existe un bas-relief plus ancien où figure une balance que l’obélisque de Nimrod, il s’agit de celui-ci datant de la VIe Dynastie ( Mereruka vizir du Pharaon Teti ), soit de la période -2345 à – 2333 :

Mereruka, vizier for King Teti 6th Dynasty.

La Balance fondamentalement Égyptienne : 

Entre ce fragment datant du 9 ième Siècle avant notre ère ou le dessin « datant » du XXIV ième Siècle et la Vignette du chapitre 125 du « Livre des morts » ou du « Livre pour Sortir au Jour » datant de l’Ancien Empire ( – 2700 à – 2200 ) que l’on peut voir ci-dessous, il n’y pas photo :

C’est bien l’Égypte Antique qui a le mieux illustré la Balance et ce bien avant les Mésopotamiens qui n’ont fait sans doute que reprendre la symbolique de Atoum-Ré le Soleil pour en faire leur dieu Shamash influencé par le culte solaire de Akhenaton qui correspond bien à la seconde moitié du II millénaire avant notre ère. En tout cas, cette théorie tient historiquement tant que l’on fera de “la balance de la Justice de Shamash” la Constellation de la Balance, car bien là qu’est la confusion, on se base sur une simple balance et on en conclut que les Mésopotamiens connaissaient et représentaient la Constellation de la Balance…

Conclusion sur la Balance de Mésopotamie :

Retenons en conclusion que le Signe de la Balance est régi en Astrologie par la Planète Vénus alias la déesse Aphrodite, c’est donc bien une femme, certes symbolique et mythologique, qui caractérise le Signe de la Balance. De fait, si c’était Shamash qui est à la base de ce Signe, les Romains “adorateurs” de la Mésopotamie, aurait attribué le Soleil ou au moins un homme comme maître du Signe de la Balance, hors ce n’est pas le cas, sans doute que les Romains ont été influencés sans doute par la Déesse Maât que les Grecs ont superposés à leur Aphrodite. Aphrodite est reconnue par les Grecs comme une divinité sémitique, et plus précisément phénicienne.

De fait, elle correspond très probablement à la déesse Ishtar-Astarté, avec laquelle elle partage de nombreux traits. Ishtar est la déesse des Assyriens et les Babyloniens. Les Sumériens l’appelaient Inanna. Elle doit sa renommée à son activité culturelle et mythologique jamais égalée par une autre déesse du Moyen-Orient. À son apogée, elle était déesse de l’amour physique et de la guerre, régissait la vie et la mort. Astarté est une déesse connue dans tout le Proche-Orient, de l’âge de Bronze à l’Antiquité, elle est l’équivalent de la déesse mésopotamienne Ishtar (pour les babyloniens) ou Inanna (pour les sumériens). Cette filiation mésopotamienne concernant Aphrodite alias Vénus démontre bien que c’est une femme qui accompagne la représentation de la Balance, en tant que déesse de la Beauté, de l’Amour, de l’Harmonie et de la Justice et non pas que Justice comme certains veulent nous le faire croire avec le dessin de Shamash…

Mésopotamie et Astronomie :

L’Astronomie Mésopotamienne n’est donc pas celle dont nous nous servons, car comme déjà écrit, cette civilisation du Tigre et de l’Euphrate n’a jamais représenté le ciel comme l’on fait, les créateurs du Zodiaque de Nitentore, de manière si précise, si esthétique, si astronomique, si figurative, si ressemblante à celle d’aujourd’hui. Voici à quoi aurait pu ressembler l’Astronomie mésopotamienne, selon un kudurru datant vers – 1100, conservé au British Museum de Londres :

Ce kudurru n’est pas un zodiaque. Les représentations animales ne sont que des symboles des divinités dont Ningishzida, Adad, Ninurta ou Nergal, Shamash, Enlil, représentés sur des autels. Selon le musée du Louvre : « les kudurru sont le support d’actes de donation de terrains décidés par les souverains babyloniens en faveur de membres de leur famille, ou envers de hauts dignitaires civils ou religieux. Sur celui-ci, le texte, qui couvre toute une face, indique que c’est à son fils Marduk-apla-iddina, futur « pasteur de son pays », que le roi kassite Meli-Shipak accorde une importante donation de terres, dont la propriété s’accompagne de nombreuses franchises. Les kudurru étaient vraisemblablement déposés dans les temples, où ils étaient exposés au regard des fidèles mais aussi des dieux. Trois d’entre eux ont en effet été retrouvés dans leur contexte archéologique, lors de la fouille de sanctuaires. L’inscription portée sur les kudurru est généralement composée de deux parties. En premier vient la description du contenu de la donation, avec les clauses qui lui sont attachées, suivie d’un texte imprécatoire comportant des malédictions divines destinées à frapper tous ceux qui voudraient la remettre en cause. Ainsi l’acte de donation se voit-il non seulement enregistré et exposé aux yeux de tous, mais de plus placé sous la protection de puissantes divinités, dont chacune est représentée sur la stèle par son emblème. » source

On remarque que la forme de ces kudurru n’est pas circulaire et que pour la comprendre, il faudrait savoir lire le langage cunéiforme, les Anciens Égyptiens eux avaient pris soin d’être compris par tous peu importe leur langage, c’est dire à quel point, ils étaient avancés dans la science ou l’Art de l’Astronomie, le Zodiaque de Denderah reste donc accessible même aux analphabètes. Le seul disque « céleste » que la Mésopotamie nous a transmis est celui du Planisphère de la Bibliothèque d’Assurbanipal provenant de Ninive en Assyrie vers -668 à -627, exposé au British Museum de Londres  : Disque Bibliothèque d'Assurbanipal

On voit bien avec ce « planisphère » en argile et non en calcaire sculpté comme le Zodiaque de Denderah que la Mésopotamie n’a jamais atteint la perfection, la géométrie, le degré de finesse de l’Art Astronomique Égyptien Antique comme on peut l’observer sur le Zodiaque de Denderah :

Observez ci-dessous dans ce florilège de représentations officielles de la civilisation Mésopotamienne comme celle-ci n’est jamais arrivé au degré de précision de l’Égypte Antique ( certains dessins circulaires sont des montages récents, en effet la Mésopotamie ne nous a laissé que des Tablettes en terre cuite de format rectangulaires ) :

A part le Scorpion, la Vierge, le Lion, le Sagittaire, le Capricorne, l' »Hydre », l’Aigle et …le Verseau, on ne reconnaît même pas les autres personnages et constatez aussi comme le nombre de constellations est inférieur à celui trouver par les Créateurs du Zodiaque de Denderah et surtout remarquez l’absence de la Balance !

Voici d’autres représentations modernes du ciel rectangulaire mésopotamien, c’est à dire, des montages réalisés au 20 ème siècle, destinés à nous convaincre que les Mésopotamiens savaient aussi représenter la carte du ciel de manière circulaire comme le montre le Zodiaque de Denderah.

Calendrier zodiacal mésopotamien :

calendrier zodiacal du cycle de la Vierge

Ce calendrier zodiacal en argile dit « du cycle de la Vierge » date de l’époque séleucide, ( vers -200 ) provenant de Warka, ancienne Uruk, Mésopotamie du sud, en Iraq. Cette tablette selon le Musée du Louvre nous montre ;: « une partie du personnage de la Vierge figuré par une femme tenant un épi. L’astre radié est identifié par une inscription comme la planète Mercure (« taureau du soleil »), associée à la constellation du corbeau, au-dessus de celle de l’hydre, dont seule la queue est figurée. Une autre tablette (Berlin, VAT 7847), porte l’avant-train de l’hydre, associée au signe de la Vierge et à la planète Jupiter. À chaque mois sont associés des pierres, des plantes et des arbres, des villes et des temples. Le Signe est divisé en douze parties, chaque case correspondant à un mois de l’année ». Les tablettes Mésopotamienne datent d’époques différentes, mais en général celle qui évoquent l’astronomie datent de la période du néo-babylonien ( première moitié du premier millénaire avec une influence Chaldéenne, elles indiquent en général des observations reliées aux apparitions périodiques des astres, les phases et les éclipses de Lune. Mais en ce qui concerne, les éclipses, il n’est prouvé nulle part pour l’instant, que les mésopotamiens en maîtrisaient la prévision, on a longtemps cru que le terme « Saros » étymologiquement sumérien désignait une éclipse lunaire, mais selon Patrick Rocher de l’IMCCE, saros ne désigne qu’un nombre de lunaisons équivalent à un certain nombre d’années.

A l’heure qu’il est, seul le Zodiaque de Denderah prouve de manière incontestable tant astronomiquement qu’égyptologiquement, que les anciens Égyptiens seuls maîtrisaient la science de prévision des éclipses. Par comparaison, en Occident, il fallut attendre l’an 1330 pour que le Byzantin Nicéphore Grégoras puisse prévoir avec exactitude une éclipse solaire mais nous savons que lui avait hérité des travaux Grecs d’Hipparque et de Claude Ptolémée qui eux n’avaient pas réussi à prévoir des éclipses.

Voici un extrait de la conférence de Denis Savoie, chef du département de l’astronomie à Paris qui affirme clairement : « La Civilisation Babylonienne ne connaissait rien à la géométrie en astronomie ! »

D’après Denis Savoie, l’astronomie babylonienne était purement mathématique.

Voilà qui éclaircit plus notre lanterne sur cette formidable »avancée » de l’astronomie mésopotamienne qui en réalité se cantonne pour son iconographie, à quelques personnages, sans plus et s’exprime davantage dans un un contexte astrologique.

Espérons qu’un jour, les chercheurs et égyptologues s’intéresseront à l’Égypte Antique de la même manière que des « mésopotologues » se sont intéressés à la Mésopotamie, car il ne fait aucun doute, que notre vision de l’Antiquité, tendant à nous montrer les Anciens Égyptiens uniquement comme des « adorateurs de chats » sera devenue obsolète.

Vous souhaitez en savoir plus sur le zodiaque de Denderah ainsi que par extension sur l’astronomie égyptienne, n’hésitez pas à cliquer sur la couverture du livre ci-dessous :

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